Indépendants & Professions Libérales
Protégez votre activité, optimisez vos revenus, préparez votre retraite — sans y passer vos week-ends
PASS 2026 : 48 060 € · PFU : 31,4 % · IS : 15 % → 42 500 €, puis 25 %
Sources : Service-Public, URSSAF, BOFiP, Légifrance — Données actualisées au 17 mai 2026
1. Indépendant : vous êtes votre propre filet de sécurité
Soyons directs. Quand vous êtes salarié, vous avez un filet de sécurité tissé par d'autres : votre employeur paie des cotisations, la Sécurité sociale vous couvre, votre mutuelle d'entreprise est négociée pour vous, votre retraite est gérée par des caisses que vous ne voyez jamais. Vous n'avez rien à faire — ou presque.
Quand vous devenez indépendant, ce filet, c'est vous qui devez le tisser. Personne ne le fera à votre place. Personne ne viendra vous dire : « Au fait, votre contrat Madelin n'est pas à jour » ou « Saviez-vous que votre retraite de base sera de 900 € par mois si vous ne faites rien ? ». C'est votre responsabilité. Et c'est une bonne nouvelle, parce que vous allez pouvoir construire une protection sur mesure, souvent meilleure que celle des salariés — à condition de vous y prendre correctement.
J'accompagne des indépendants depuis plus de quinze ans. Il a été observé des freelances qui gagnaient 120 000 € par an mais qui n'avaient pas de prévoyance. Il a été observé des professions libérales qui découvraient à 55 ans que leur retraite serait inférieure au SMIC. Il a été observé des gérants de SASU qui optimisaient brillamment leurs dividendes mais qui n'avaient aucune couverture en cas d'arrêt de travail.
Ce guide est le document que il est indispensable d'avoir lors du premier accompagnement d'un indépendant. Il vous explique, sans jargon, ce que vous devez savoir pour protéger votre activité, votre famille et votre avenir. Il ne vous promet pas de formule magique — il vous donne les clés pour comprendre et décider.
Pourquoi ce guide est différent
Il est écrit par quelqu'un qui a vu des centaines de bilans patrimoniaux d'indépendants. Les points de blocage sont connus : le revenu irrégulier, la paperasse qu'on repousse, la tentation de tout mettre dans l'activité et de négliger le patrimoine personnel. Chaque section répond à un vrai problème — pas à une question de manuel.
Sommaire
Constantes 2026 : PASS 48 060 €, PFU 31,4 %, IS 15 % jusqu'à 42 500 € puis 25 %, plafond PER TNS 10 % du PASS + 15 % du bénéfice, plafond Madelin prévoyance. Sources Service Public.
2. Les statuts : BNC, BIC, EURL, SASU, SELARL — lequel pour qui
La première décision d'un indépendant, c'est son statut juridique. il en est qui se sont trompés dès le départ et qui ont traîné cette erreur pendant des années. Voici comment les options sont présentées aux clients, sans le jargon juridique qui noie le poisson.
Entreprise individuelle (EI) — la simplicité
C'est le statut par défaut du freelance qui démarre. Pas de personne morale, pas de capital social, pas de comptes annuels à déposer. Vous êtes l'entreprise et l'entreprise c'est vous. Avantage : zéro formalisme, zéro frais de création. Inconvénient : pas de séparation entre patrimoine personnel et professionnel — même si la loi de 2022 a amélioré les choses en rendant la résidence principale insaisissable de droit et les autres biens fonciers insaisissables sur déclaration.
En EI, vous relevez soit des BNC (professions libérales, conseil, consulting) soit des BIC (commerce, artisanat). La différence est fiscale : les BNC relèvent de la déclaration 2035 (recettes - dépenses), les BIC de la 2031.
EURL — l'entrepreneur seul avec une société
L'EURL, c'est une SARL avec un seul associé. Vous créez une personne morale distincte. Votre patrimoine personnel est protégé. En contrepartie, vous avez des obligations comptables (bilan, liasse fiscale) et des frais de fonctionnement (comptable, greffe).
Le point central de l'EURL : le gérant est TNS (Travailleur Non Salarié). Il cotise à la Sécurité sociale des indépendants (ex-RSI). Ses charges sociales sont proportionnelles à sa rémunération — environ 45 % en dessous du PASS, 35 % au-dessus. C'est plus faible que les charges salariales, mais la protection sociale est aussi moins couvrante. Je détaille ça dans la section 3.
SASU — la société par actions simplifiée unipersonnelle
La SASU, c'est le statut qui monte. Le président est assimilé salarié : il cotise au régime général, pas au TNS. Ses charges sont plus élevées (environ 65-75 % du net pour un net équivalent), mais la protection sociale est meilleure — notamment pour la retraite et les indemnités journalières.
La SASU offre une flexibilité que l'EURL n'a pas : vous pouvez moduler votre rémunération, vous verser des dividendes, et entrer et sortir du régime salarié plus facilement. En contrepartie, les charges sont plus lourdes sur la rémunération. C'est le grand arbitrage : TNS = moins de charges, moins de protection. Assimilé salarié = plus de charges, plus de protection.
SELARL / SELAS — pour les professions réglementées
Si vous êtes médecin, avocat, architecte, expert-comptable, pharmacien ou toute profession réglementée, vous devez exercer en SEL (Société d'Exercice Libéral). La SELARL fonctionne comme une EURL (gérant TNS), la SELAS comme une SASU (président assimilé salarié). Les règles sont les mêmes, avec en plus les contraintes déontologiques de votre profession.
| Statut | Régime social | Charges indicatives | Protection sociale | Idéal pour |
|---|---|---|---|---|
| EI (BNC/BIC) | TNS | ~45 % | Faible | Freelance qui démarre, CA < 70 000 € |
| EURL | TNS | ~45 % | Faible | Indépendant avec CA > 70 000 €, volonté de protéger son patrimoine |
| SASU | Assimilé salarié | ~70 % | Bonne | Indépendant avec CA > 100 000 €, priorité à la protection |
| SELARL | TNS | Variable selon profession | Variable | Profession réglementée, priorité aux charges faibles |
| SELAS | Assimilé salarié | Variable selon profession | Bonne | Profession réglementée, priorité à la protection |
Le conseil à retenir en premier rendez-vous
Ne choisissez pas votre statut uniquement sur les charges. Regardez la protection sociale qu'il offre. Un indépendant qui gagne 80 000 € et qui économise 5 000 € de charges en EURL mais qui n'a pas de prévoyance digne de ce nom fait une fausse économie. La vraie question est : que se passe-t-il si vous êtes malade six mois ? Si vous voulez un enfant ? Si vous voulez un crédit immobilier ?
3. Le régime TNS expliqué simplement (cotisations, protection, retraite)
Le régime TNS — Travailleur Non Salarié — c'est le régime de protection sociale des indépendants qui ne sont pas assimilés salariés. Il couvre environ 3 millions de personnes en France. Et soyons honnêtes : il est mal compris, souvent critiqué, et pourtant c'est un régime qui, bien utilisé, peut être très avantageux.
Vos cotisations obligatoires
En tant que TNS, vous cotisez à quatre grandes familles de risques, et vos cotisations sont calculées sur votre revenu professionnel (bénéfice imposable + certaines réintégrations).
| Risque couvert | Taux 2026 | Assiette | Ce que ça couvre concrètement |
|---|---|---|---|
| Maladie-maternité | 6,50 % (dans la limite du PASS) puis 1,50 % | Revenu pro | Remboursements soins de santé (ticket modérateur, forfaits). IJ très limitées (voir section 6). |
| Allocations familiales | 0 % jusqu'à 110 % du PASS, puis 3,10 % | Revenu pro | Prestations familiales versées par la CAF. |
| Retraite de base | 17,75 % (dans la limite du PASS) + 0,60 % au-delà | Revenu pro | Pension de retraite de base. Maximum : 50 % du PASS, soit 24 030 €/an. |
| Retraite complémentaire | 7 % jusqu'à 1 PASS, puis 8 % entre 1 et 4 PASS | Revenu pro | Retraite complémentaire RCI. Système par points. Rendement faible. |
| Invalidité-décès | 1,30 % (dans la limite du PASS) | Revenu pro | Pension invalidité (max 50 % du PASS) et capital décès (8 450 € en 2026). |
| CSG-CRDS | 9,2 % + 0,5 % (déductible à 6,8 %) | Revenu pro + cotisations | Contribution sociale généralisée. Non déductible pour 2,9 %. |
| Formation professionnelle | 0,25 % (PL) ou 0,29 % (artisan/commerçant) | PASS | Droit à la formation via le FAF. |
Au total, pour un TNS qui gagne 60 000 € de revenu annuel, la facture sociale est d'environ 27 000 €, soit 45 % de prélèvements. C'est moins que le coût d'un salarié équivalent (environ 70-75 % en super-brut), mais la protection est aussi nettement inférieure. Le jeu consiste à utiliser la différence pour financer une protection complémentaire — via les contrats Madelin.
Ce que la Sécu des indépendants ne couvre pas bien
Les indemnités journalières sont très faibles (voir section 6). La pension d'invalidité est plafonnée à 50 % du PASS, soit 24 030 €/an maximum. Le capital décès est de 8 450 € — une misère. La retraite de base est plafonnée bas. Tous ces trous dans la raquette doivent être comblés par des contrats Madelin. Ne comptez pas sur le régime obligatoire pour vous protéger correctement.
À retenir
Le TNS, c'est ~45 % de charges pour une protection minimale. Le salarié, c'est ~70 % pour une protection complète. L'écart de 25 points, c'est votre marge de manœuvre pour souscrire des contrats Madelin et vous constituer une protection sur mesure. Bien utilisée, cette différence peut faire du TNS le régime le plus optimisé de France.
4. Charges sociales TNS 2026 : combien vous payez vraiment (tableau)
Voici les chiffres réels. Pas des moyennes théoriques. Voici ce que paie un TNS en 2026 selon son niveau de revenu.
| Revenu annuel | Maladie | Retraite (base + compl.) | Invalidité-décès | CSG-CRDS | Total cotisations | Taux effectif |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 20 000 € | 1 300 € | 3 550 € | 260 € | 1 940 € | 8 560 € | 42,8 % |
| 40 000 € | 2 600 € | 7 100 € | 520 € | 3 880 € | 17 120 € | 42,8 % |
| 60 000 € | 3 900 € | 10 650 € | 625 € | 5 820 € | 25 620 € | 42,7 % |
| 80 000 € | 4 920 € | 14 200 € | 625 € | 7 760 € | 33 340 € | 41,7 % |
| 120 000 € | 5 280 € | 21 300 € | 625 € | 11 640 € | 45 460 € | 37,9 % |
| 200 000 € | 6 480 € | 35 500 € | 625 € | 19 400 € | 69 726 € | 34,9 % |
La surprise des charges
En TNS, vos cotisations de l'année N sont calculées sur votre revenu N−1 (ou N−2 si vous débutez). Le vrai choc arrive en année 3 : vous avez eu deux bonnes années, le fisc a assis vos cotisations sur ces revenus, et soudain l'URSSAF vous réclame des provisions mensuelles élevées. Si votre année 3 est moins bonne, vous payez des charges sur un revenu que vous n'avez plus. C'est le piège classique du TNS. La solution : provisionner systématiquement 45 % de chaque euro encaissé sur un compte séparé. Dès le premier jour.
Régularisation : le piège à éviter
Les cotisations provisionnelles sont basées sur N−1. Si votre revenu 2026 est très supérieur à 2025, vous paierez une régularisation en 2027. Prévoyez ce cash-flow. Mettez de côté 45 % de tout dépassement de revenu par rapport à l'année précédente. C'est la règle d'or de la trésorerie TNS.
Comparaison TNS vs salarié : le vrai coût
Quand le cabinet reçoit un indépendant qui hésite entre rester salarié et se lancer, un comparatif est présenté ce tableau. Il résume la différence de coût entre les deux statuts pour des niveaux de revenu équivalents.
| Indicateur | TNS (60 000 € de bénéfice) | Salarié cadre (60 000 € brut) |
|---|---|---|
| Coût total (charges patronales + salariales) | ~27 000 € | ~42 000 € |
| Net avant IR | ~33 000 € | ~42 000 € (net imposable) |
| Indemnités journalières (maladie) | 82 €/jour max | ~82 €/jour (50 % du SJR) |
| Retraite estimée (carrière complète) | ~2 000 €/mois | ~2 500 €/mois |
| Prévoyance obligatoire | Non (volontaire Madelin) | Oui (convention collective) |
| Mutuelle obligatoire | Non (volontaire) | Oui (prise en charge 50 % employeur) |
| Chômage | Non | Oui (ARE) |
| Flexibilité de rémunération | Totale (vous décidez) | Nulle (fixée par contrat) |
La différence est nette : le TNS paie 15 000 € de charges en moins par an. Mais il doit lui-même financer sa prévoyance, sa mutuelle et son épargne retraite. S'il utilise intelligemment cet écart — Madelin prévoyance à 2 000 €, mutuelle à 1 500 €, PER à 6 500 € — il lui reste encore 5 000 € d'avance sur le salarié tout en ayant une protection comparable. C'est ça, le vrai gain du TNS.
Exonérations de début d'activité
Si vous créez ou reprenez une entreprise, vous pouvez bénéficier de l'ACRE (Aide aux Créateurs et Repreneurs d'Entreprise) : exonération partielle de vos cotisations sociales pendant 12 mois. Le revenu exonéré est plafonné à 75 % du PASS en 2026, soit 36 045 €. Au-delà, vos cotisations sont calculées normalement. L'économie peut atteindre 8 000 à 10 000 € sur la première année. Vérifiez votre éligibilité avant l'immatriculation.
Le cas particulier de la micro-entreprise
La micro-entreprise est un régime simplifié de l'entreprise individuelle. Vous payez vos charges sociales et votre impôt sur le revenu (si option versement libératoire) en pourcentage de votre chiffre d'affaires encaissé — pas de votre bénéfice. Pas de déclaration 2035 ou 2031. Pas de bilan. C'est le régime le plus simple de France.
Les taux de cotisations en 2026 : 21,2 % pour les prestations de services BNC/BIC, 12,3 % pour les activités d'achat-revente. Si vous optez pour le versement libératoire, ajoutez 2,2 % (prestations de services). Total : 23,4 % de votre chiffre d'affaires part en charges et impôt — quelle que soit votre marge. Pour une activité à forte marge (conseil, IT), le taux effectif est souvent inférieur au TNS classique. Pour une activité à faible marge (commerce), le taux appliqué au CA peut être prohibitif.
Plafonds de CA micro-entreprise en 2026 : 77 700 € pour les prestations de services, 188 700 € pour l'achat-revente. Si vous dépassez ces seuils deux années consécutives, vous basculez automatiquement en EI classique.
Le piège de la micro-entreprise
En micro, pas de déduction de charges. Vous ne pouvez pas déduire vos frais réels (loyer, déplacements, matériel). Si vos charges réelles représentent plus de 35 % de votre CA, le régime réel (EI classique) est plus intéressant. Faites le calcul. Trop de micro-entrepreneurs paient des cotisations sur un CA élevé alors que leurs charges réelles sont significatives.
5. La prévoyance Madelin : le pilier qu'aucun indépendant ne doit négliger
Si vous ne deviez retenir qu'une seule section de ce guide, ce serait celle-ci. La prévoyance Madelin, c'est le dispositif qui transforme un indépendant vulnérable en indépendant protégé. Et le meilleur ? Les cotisations sont déductibles de votre revenu imposable.
Ce que couvre la prévoyance Madelin
Le contrat Madelin prévoyance couvre trois risques majeurs que la Sécu des indépendants couvre mal ou pas du tout :
1. Les indemnités journalières (arrêt de travail). Vous définissez un montant d'indemnité journalière (par exemple 150 €/jour). Si vous êtes en arrêt de travail pour maladie ou accident, l'assureur vous verse cette somme, en complément des IJ de la Sécu. Franchise de 15, 30, 60 ou 90 jours selon votre choix.
2. L'invalidité permanente. Vous définissez une rente ou un capital en cas d'invalidité permanente totale ou partielle. La Sécu vous verse au mieux 24 030 €/an. Votre Madelin peut compléter jusqu'à 80 % de votre revenu antérieur.
3. Le décès. Vous garantissez un capital ou une rente à vos proches. Le capital décès de la Sécu est de 8 450 €. Avec un Madelin, vous pouvez prévoir 100 000, 200 000, 500 000 € — ce qu'il faut pour que votre famille ne soit pas en difficulté.
Plafonds de déduction Madelin 2026
| Garantie | Plafond de déduction | Exemple concret |
|---|---|---|
| Indemnités journalières | 7 % du PASS + 3,75 % du bénéfice (plafonné à 8 PASS) | Pour 60 000 € de bénéfice : 3 364 € + 2 250 € = 5 614 € déductibles |
| Invalidité-décès | 3,75 % du PASS + 3,75 % du bénéfice | Pour 60 000 € : 1 802 € + 2 250 € = 4 052 € déductibles |
« J'avais un client freelance en informatique, 45 ans, 90 000 € de revenu annuel. Zéro prévoyance. Il s'est cassé le poignet — trois mois d'arrêt. IJ Sécu : 24 € par jour, soit 720 € par mois. Son loyer était de 1 200 €. Il a vidé son épargne en six semaines. Depuis, il a un Madelin à 120 € par mois — et il dort tranquille. »
La règle d'or de la prévoyance
Souscrivez votre Madelin avant d'avoir un problème de santé. Une fois que vous avez un antécédent médical, l'assureur peut exclure la pathologie ou appliquer une surprime. Le meilleur moment pour souscrire, c'est le jour où vous devenez indépendant. Le deuxième meilleur moment, c'est aujourd'hui.
6. Indemnités journalières : le vrai chiffre (exemple avec calcul)
C'est le sujet qui fait le plus peur aux clients indépendants lorsque les chiffres sont présentés. Et ils ont raison d'avoir peur. Voici la réalité.
Ce que verse la Sécu à un TNS en arrêt de travail
Pour un indépendant TNS, l'indemnité journalière maladie est de 1/730 du revenu annuel moyen des trois dernières années, dans la limite du PASS. En clair, pour un TNS qui gagne 60 000 €, le calcul est le suivant :
Revenu moyen : 60 000 €. IJ brute : 60 000 / 730 = 82,19 €/jour. Soit environ 2 466 € pour un mois de 30 jours. C'est mieux que rien. Mais c'est à comparer avec ses revenus mensuels habituels : 5 000 €. Il manque 2 534 €.
Et ce montant est plafonné : si vous gagnez 120 000 €, l'IJ est calculée sur 48 060 € (le PASS), soit 65,84 €/jour. 1 975 €/mois. Pour quelqu'un qui gagne 10 000 € par mois. Vous voyez le problème.
Ce qu'apporte un contrat Madelin IJ
Avec un contrat Madelin, vous choisissez une IJ complémentaire de, par exemple, 150 €/jour. Avec une franchise de 30 jours. En cas d'arrêt long (au-delà de 30 jours), vous touchez :
- IJ Sécu : ~82 €/jour
- IJ Madelin : 150 €/jour
- Total : 232 €/jour, soit 6 960 €/mois
Vous couvrez vos charges professionnelles et personnelles. Coût de cette garantie : entre 600 et 1 500 € par an selon l'âge et l'état de santé. Entièrement déductible. Pour un TNS à 30 % de TMI, le coût net après impôt est de 420 à 1 050 €.
Le vrai risque
L'arrêt de travail long (plus de 90 jours) est le risque n°1 de l'indépendant. Burn-out, accident, maladie grave. Statistiquement, un indépendant sur trois connaît un arrêt de plus de 30 jours avant 50 ans. Sans Madelin IJ, c'est la catastrophe financière. Avec, c'est un incident de parcours.
7. Invalidité et décès : ce que la Sécu couvre, ce qu'il faut ajouter
Parlons des deux risques que personne n'aime évoquer mais qu'un indépendant responsable doit absolument couvrir.
Invalidité : la Sécu vous laisse tomber
En cas d'invalidité permanente, la Sécurité sociale des indépendants verse une pension classée en trois catégories :
- Catégorie 1 : capable d'exercer une activité rémunérée. Pension = 30 % du revenu annuel moyen, plafonné à 30 % du PASS = 14 418 €/an.
- Catégorie 2 : incapable d'exercer toute activité professionnelle. Pension = 50 % du revenu annuel moyen, plafonné à 50 % du PASS = 24 030 €/an.
- Catégorie 3 : invalide et nécessite l'assistance d'une tierce personne. Majoration de 40 %.
Pour un indépendant qui gagne 80 000 € par an, 24 030 € représente 30 % de son revenu antérieur. C'est une chute de 70 % de son niveau de vie. Le contrat Madelin invalidité comble cet écart en versant une rente complémentaire.
Décès : 8 450 € pour votre famille
Le capital décès de la Sécurité sociale est de 8 450 € en 2026 (forfait). C'est tout. Pas de rente éducation pour vos enfants, pas de rente de conjoint survivant — sauf si vous avez cotisé à la retraite complémentaire, auquel cas une pension de réversion peut s'ajouter (60 % de la retraite du défunt).
Avec un Madelin décès, vous pouvez prévoir :
- Un capital décès de 100 000 à 500 000 €
- Une rente éducation pour chaque enfant jusqu'à ses 25 ans
- Une rente de conjoint (temporaire ou viagère)
Combien prévoir ?
En capital décès, il est conseillé aux clients de viser 3 à 5 fois leur revenu annuel. Pour 80 000 € de revenu, visez 240 000 à 400 000 € de capital décès. C'est ce qu'il faut pour que votre famille garde le même niveau de vie le temps de se retourner. Si vous avez un crédit immobilier, ajoutez le capital restant dû.
8. Le contrat frais généraux : protéger le cabinet/l'activité
Le contrat frais généraux, c'est le cousin méconnu de la prévoyance Madelin. Il ne protège pas vos revenus personnels — il protège votre activité. Et pour un indépendant qui a des charges fixes (loyer professionnel, salariés, abonnements, crédit professionnel), c'est indispensable.
Le mécanisme en une phrase
Vous êtes en arrêt de travail. Votre activité s'arrête. Mais vos charges professionnelles, elles, continuent de courir. Le contrat frais généraux prend le relais et rembourse ces charges sur justificatif — dans la limite d'un forfait mensuel défini au contrat.
Ce qui est couvert
- Loyer professionnel et charges locatives
- Salaires et charges des employés
- Abonnements, logiciels, assurances professionnelles
- Frais de comptabilité, honoraires
- Intérêts d'emprunt professionnel
- Frais fixes (EDF, téléphone, internet pro)
Coût : entre 300 et 1 000 € par an selon le montant des charges couvertes. Déductible du bénéfice professionnel.
« J'ai un client kinésithérapeute qui a eu un grave accident de ski. Arrêt de 9 mois. Son cabinet avait 2 500 € de charges fixes par mois : loyer, secrétariat, leasing matériel. Sans le contrat frais généraux, il aurait dû fermer. L'assurance a pris en charge 22 500 € de charges. Il a rouvert le cabinet sans une dette. »
Quand ce contrat est indispensable
Dès que vous avez un local professionnel, du matériel en leasing ou un salarié. Si vous travaillez de chez vous sans charges fixes lourdes, le contrat frais généraux est moins prioritaire que la prévoyance IJ personnelle.
9. La mutuelle Madelin (ou pas) : comparatif
La mutuelle Madelin — officiellement « complémentaire santé » — permet à l'indépendant TNS de déduire ses cotisations de mutuelle de son revenu imposable. Mais est-ce toujours le contrat le plus intéressant ? Pas forcément.
Madelin vs mutuelle individuelle classique
| Critère | Mutuelle Madelin | Mutuelle individuelle classique |
|---|---|---|
| Déductibilité | Oui, dans la limite du plafond (3,75 % du PASS + 3,75 % du bénéfice) | Non déductible |
| Garanties | Contrats souvent standardisés | Plus large choix, parfois meilleurs rapports garanties/prix |
| Prix | Souvent plus chers (les assureurs savent que c'est déductible) | Parfois moins chers, surtout pour les jeunes |
| Portabilité | Rattachée au statut TNS | Indépendante du statut |
Notre conseil : comparez toujours les deux options. Prenez un devis Madelin, un devis classique avec les mêmes garanties, et calculez le coût net après impôt. Parfois, le contrat non-Madelin moins cher est plus avantageux, même sans déduction fiscale.
La règle pratique
Si votre TMI est à 30 % ou plus, le Madelin est généralement gagnant grâce à la déduction. Si votre TMI est à 11 %, l'avantage fiscal est faible et un contrat classique peut être plus compétitif. Faites le calcul avec un tableau comparatif.
Cas pratique : calcul du coût net d'une mutuelle
Prenons un TNS avec 60 000 € de bénéfice et une TMI à 30 %. Il compare deux mutuelles avec des garanties équivalentes :
| Paramètre | Mutuelle Madelin | Mutuelle classique |
|---|---|---|
| Cotisation annuelle | 1 800 € | 1 200 € |
| Déductibilité (TMI 30 %) | Oui : économie d'IR = 540 € | Non |
| Coût net après impôt | 1 260 € | 1 200 € |
| Écart | Le Madelin ne coûte que 60 € de plus — pour souvent de meilleures garanties. | |
Avec une TMI à 41 %, le Madelin devient nettement gagnant (coût net : 1 062 €). Avec une TMI à 11 %, le Madelin est perdant (coût net : 1 602 €). La TMI est la variable clé de vos décisions de protection sociale.
Les garanties à ne pas négliger dans une mutuelle
Au-delà du prix, voici les postes que il convient de vérifier systématiquement dans un tableau de garanties :
- Hospitalisation : le ticket modérateur (20 % des frais) peut représenter des milliers d'euros. Votre mutuelle doit le couvrir à 100 %.
- Dentaire : les prothèses dentaires (couronnes, implants) sont très mal remboursées par la Sécu. Vérifiez le forfait annuel.
- Optique : un équipement optique complet peut coûter 600-800 €. Le 100 % Santé garantit un équipement à zéro reste à charge, avec une gamme limitée.
- Médecines douces : ostéopathie, psychologue, diététicien : certaines mutuelles incluent des forfaits. Utile pour les indépendants stressés.
- Chambre particulière : en cas d'hospitalisation, une chambre individuelle coûte 60-150 €/jour non remboursés par la Sécu.
10. Le PER du TNS : le plafond spécifique qui change tout (calcul détaillé)
Le Plan Épargne Retraite est l'outil le plus puissant de l'indépendant pour préparer sa retraite. Et le TNS bénéficie d'un avantage que les salariés n'ont pas : un plafond de déduction majoré.
Le plafond PER pour un TNS
Pour un salarié, le plafond PER est de 10 % du PASS (soit 4 806 € en 2026) ou 10 % des revenus professionnels si plus élevé (dans la limite de 8 PASS). Pour un TNS, il existe un plafond alternatif spécifique : 10 % du PASS + 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS. Et ça change tout.
Calcul concret
| Bénéfice annuel | Plafond PER TNS | Plafond salarié équivalent | Différence |
|---|---|---|---|
| 30 000 € | 4 806 + 15 % × 0 = 4 806 € | 4 806 € | 0 € |
| 60 000 € | 4 806 + 15 % × (60 000 − 48 060) = 4 806 + 1 791 = 6 597 € | 4 806 € | +1 791 € |
| 100 000 € | 4 806 + 15 % × (100 000 − 48 060) = 4 806 + 7 791 = 12 597 € | 10 000 € | +2 597 € |
| 150 000 € | 4 806 + 15 % × (150 000 − 48 060) = 4 806 + 15 291 = 20 097 € | 15 000 € | +5 097 € |
| 200 000 € | 4 806 + 15 % × (200 000 − 48 060) = 4 806 + 22 791 = 27 597 € | 20 000 € | +7 597 € |
Pour un TNS qui gagne 100 000 €, le PER permet de déduire jusqu'à 12 597 € de son revenu imposable. À 30 % de TMI, c'est 3 779 € d'impôt économisé. Et l'argent placé fructifie en franchise d'impôt jusqu'à la retraite.
Attention au plafond global
Si vous êtes marié ou pacsé, le plafond PER est mutualisé au sein du couple. Si votre conjoint est salarié, ses droits PER sont les mêmes que les vôtres, et vous pouvez utiliser son plafond non consommé. C'est l'avantage du foyer fiscal. Vérifiez chaque année.
PER ou Madelin Retraite ?
L'ancien Madelin Retraite a été remplacé par le PER. Si vous aviez un Madelin Retraite ouvert avant le 1er octobre 2019, il continue de fonctionner selon les anciennes règles. Mais les nouveaux contrats sont tous des PER. Le plafond de déduction est le même.
11. L'assurance-vie pour l'indépendant
L'assurance-vie n'est pas spécifique aux indépendants, mais les indépendants ont des besoins spécifiques que l'assurance-vie peut parfaitement servir — à condition de bien la structurer.
Trois usages de l'assurance-vie pour un indépendant
1. L'épargne de précaution « au-dessus du Livret A ». Une fois votre Livret A et LDDS pleins (plafonds 22 950 € et 12 000 €), le surplus d'épargne disponible peut aller sur un fonds euros en assurance-vie. Rendement 2026 autour de 2,5-3 % net de frais de gestion, contre 3 % pour le Livret A. La différence de rendement est faible, mais vous n'êtes pas limité par un plafond. Pour une épargne de précaution supérieure à 35 000 €, c'est la solution.
2. Le complément de retraite en UC. Le PER a un plafond. L'assurance-vie n'en a pas. Pour un indépendant qui gagne bien sa vie et qui veut épargner au-delà du plafond PER, une assurance-vie en unités de compte (ETF, SCPI, fonds actions) est le véhicule idéal. La fiscalité en cas de rachat est plus favorable après 8 ans (abattement de 4 600 € ou 9 200 € pour un couple, puis PFU à 31,4 %).
3. La transmission et la clause bénéficiaire démembrée. Un indépendant décède. Son conjoint a besoin de liquidités immédiates. Ses enfants hériteront plus tard. La solution : une clause bénéficiaire d'assurance-vie démembrée. Le conjoint reçoit l'usufruit des capitaux (il peut les utiliser), les enfants reçoivent la nue-propriété (ils deviendront pleins propriétaires au décès du conjoint). C'est une optimisation successorale puissante et parfaitement légale.
Notre conseil pour l'indépendant
Structurez votre assurance-vie en trois compartiments : un fonds euros pour l'épargne de précaution au-delà des livrets, un compartiment UC diversifié pour le long terme, et une poche SCPI/immobilier pour la diversification. Chaque compartiment a sa propre stratégie de rachat, sa propre fiscalité, sa propre temporalité.
12. La retraite du TNS : pourquoi il faut absolument la compléter
Soyons clairs : si vous êtes TNS et que vous ne faites rien en dehors des cotisations obligatoires, votre retraite sera faible. Très faible.
Simulation retraite TNS à différents niveaux de revenu
| Revenu annuel moyen | Retraite de base (max 50 % PASS) | Retraite complémentaire RCI (estimation) | Pension totale estimée | Taux de remplacement |
|---|---|---|---|---|
| 30 000 € | 7 500 €/an | 2 100 €/an | 9 600 €/an (800 €/mois) | 32 % |
| 50 000 € | 12 500 €/an | 4 500 €/an | 17 000 €/an (1 417 €/mois) | 34 % |
| 80 000 € | 24 030 €/an | 8 000 €/an | 32 030 €/an (2 669 €/mois) | 40 % |
| 120 000 € | 24 030 €/an | 12 000 €/an | 36 030 €/an (3 003 €/mois) | 30 % |
Même avec un revenu de 120 000 €, la retraite ne dépasse pas 3 000 € par mois. C'est 70 % de perte de revenu à la retraite. Et ce calcul est optimiste : il suppose une carrière complète sans interruption.
Le choc de la retraite TNS
Un médecin spécialiste ou un avocat qui gagne 150 000 € par an pendant 30 ans peut se retrouver avec une retraite de 3 500 € par mois. C'est le scénario que j'explique aux clients dès le premier rendez-vous. Et c'est pour ça que le PER, l'assurance-vie et l'immobilier locatif ne sont pas des options — ce sont des obligations.
Combien épargner pour maintenir son niveau de vie
Règle de calcul rapide : prenez votre revenu annuel actuel, retirez 40 % (ce que la retraite obligatoire vous donnera, environ), et multipliez la différence par 25. C'est le capital qu'il vous faut pour maintenir votre niveau de vie à la retraite (règle des 4 %).
Exemple : vous gagnez 80 000 €/an. Objectif de revenu à la retraite : 70 % = 56 000 €. Retraite obligatoire estimée : 32 000 €. Différence à combler : 24 000 €. Capital nécessaire : 24 000 × 25 = 600 000 €. C'est le montant que vous devez constituer en plus des cotisations obligatoires.
Les trois piliers de la retraite de l'indépendant
1. Cotisations obligatoires (retraite de base + complémentaire RCI) — vous n'avez pas le choix. 2. PER TNS (déduction fiscale puissante, sortie en capital ou rente). 3. Assurance-vie et immobilier locatif (pas de plafond, liberté totale de gestion). Si vous remplissez ces trois piliers, votre retraite sera confortable. Si vous vous arrêtez au pilier 1, attendez-vous à une chute brutale de votre niveau de vie.
Cotisations minimales TNS : même si vous ne gagnez rien
Un point crucial que beaucoup d'indépendants découvrent à leurs dépens : même avec un résultat nul ou déficitaire, vous devez payer des cotisations minimales. En 2026 :
| Cotisation | Montant minimum 2026 | Base de calcul |
|---|---|---|
| Maladie-maternité | ~1 064 €/an | Forfait 20 % du PASS |
| Retraite de base | ~886 €/an | Forfait 5,25 % du PASS (cotisation minimale) |
| Invalidité-décès | ~210 €/an | Forfait 11,50 % du PASS × 0,5 pour inv-décès |
| CSG-CRDS | 0 € | Pas de cotisation minimale |
| Total minimum annuel | ~2 160 € |
En clair : même une année où vous ne gagnez rien, vous devez trouver 2 160 € pour vos cotisations minimales. C'est le prix à payer pour rester affilié au régime et continuer à valider des trimestres de retraite (même si ces trimestres ne rapportent presque rien en points). Prévoyez cette somme dans votre épargne de précaution.
Année blanche = trimestres validés, pas de points
Une année à faibles revenus (ou cotisations minimales) valide des trimestres de retraite — ce qui est important pour le taux plein et l'âge de départ. Mais elle ne génère quasiment aucun point de retraite complémentaire RCI. C'est-à-dire que votre pension future n'augmente pas. La quantité (trimestres) est assurée, mais la qualité (montant) ne l'est pas. D'où l'importance du PER pour compenser.
Calcul de la retraite de base TNS : la formule expliquée
Beaucoup des clients pensent que leur retraite sera égale à 50 % de leur revenu. C'est faux. La retraite de base est calculée ainsi :
Pension annuelle = Revenu annuel moyen (RAM) × Taux × (Durée d'assurance / Durée de référence)
Le RAM est la moyenne de vos revenus sur l'ensemble de votre carrière (pas les 25 meilleures années comme les salariés). Si vous avez démarré avec de faibles revenus, ces années plombent définitivement votre moyenne. Le taux plein est de 50 %. La durée de référence est de 172 trimestres (43 ans) pour la génération née après 1973.
Exemple : vous avez cotisé 172 trimestres (carrière complète), votre RAM est de 60 000 €. Votre retraite de base = 60 000 × 50 % × 1 = 30 000 €/an. Mais le plafond est de 50 % du PASS, soit 24 030 €/an. Même avec un RAM de 60 000 €, vous êtes plafonné à 24 030 €. C'est là que la retraite complémentaire RCI et le PER prennent tout leur sens : ils viennent s'ajouter à ce plafond de base.
13. Salaire ou dividendes pour le gérant d'EURL (exemple chiffré)
C'est LA question que me posent tous les gérants d'EURL : « Est-ce que je me verse un salaire ou des dividendes ? » La réponse dépend de votre situation, mais voici le calcul qui permet de trancher.
Salaire en EURL
Le gérant d'EURL est TNS. Sa rémunération est soumise aux charges sociales TNS (~45 %) et à l'IR (barème progressif). La rémunération est déductible du résultat de l'EURL, donc elle échappe à l'IS.
Dividendes en EURL
Le bénéfice est d'abord soumis à l'IS : 15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà. Ensuite, les dividendes versés au gérant sont soumis au PFU de 31,4 % (ou sur option au barème IR avec abattement de 40 %). La partie des dividendes excédant 10 % du capital social + primes est soumise aux charges sociales TNS.
Comparaison chiffrée — 100 000 € de résultat
| Option | IS | Charges sociales | IR/PFU | Net dans la poche |
|---|---|---|---|---|
| 100 % salaire (60 000 €) | 0 € (déduit) | ~27 000 € (45 %) | ~9 000 € (IR TMI 30 %) | ~24 000 € |
| 100 % dividendes (100 000 €) | 17 375 € (IS) | ~6 200 € (sur la part > 10 % capital) | ~25 900 € (PFU sur 82 625 €) | ~50 525 € |
| Mix optimal : 48 060 € salaire + 51 940 € dividendes | ~13 000 € (IS) | ~21 627 € (salaire) + ~2 500 € (dividendes) | ~7 000 € (IR salaire) + ~9 500 € (PFU dividendes) | ~46 313 € |
Le piège des dividendes sans salaire
Si vous ne vous versez aucun salaire, vous ne cotisez pas pour votre retraite. À 65 ans, vous aurez une retraite proche de zéro. Le « tout dividendes » est très rentable à court terme. Il est catastrophique à long terme. Un salaire minimum de 1 PASS (48 060 €) permet de valider 4 trimestres de retraite par an et d'acquérir des points retraite complémentaire.
La stratégie recommandée
Versez-vous un salaire d'au moins 1 PASS (48 060 € en 2026) pour valider vos trimestres retraite, bénéficier de la protection sociale, et pouvoir justifier de revenus pour un emprunt immobilier. Le reste du bénéfice peut être distribué en dividendes, soumis au PFU. C'est l'équilibre optimal entre cash immédiat et protection long terme.
14. Optimiser sa rémunération mois par mois (revenu irrégulier)
Le problème numéro un des indépendants, c'est le revenu irrégulier. Un mois à 12 000 €, trois mois à 3 000 €. Voici comment il est conseillé aux clients de gérer cette irrégularité.
La méthode des trois comptes
Compte 1 : le compte professionnel. C'est là où atterrissent tous vos encaissements clients. Vous n'y touchez jamais pour des dépenses personnelles. De ce compte, vous payez vos charges professionnelles et vous transférez de l'argent vers les comptes 2 et 3.
Compte 2 : le compte « charges et impôts ». À chaque encaissement, vous transférez immédiatement 45 % vers ce compte. C'est l'argent de l'URSSAF, du fisc, de la TVA. Cet argent ne vous appartient pas. Traitez-le comme tel. Quand les échéances arrivent (provisionnelles mensuelles ou trimestrielles), l'argent est là.
Compte 3 : le compte « salaire ». Le reste, c'est votre salaire. Vous vous versez un montant fixe chaque mois — comme un salarié. Si le compte 3 est bien rempli, vous augmentez votre salaire mensuel. S'il se vide, vous le réduisez. C'est la seule façon de lisser vos revenus personnels et de dormir tranquille.
Combien se verser chaque mois ?
Regardez votre revenu net moyen sur 12 mois glissants. Divisez par 12. Retirez 10 % de marge de sécurité. C'est votre salaire mensuel cible. Révisez ce calcul tous les trimestres.
« Un client consultant SEO, 30 ans, oscillait entre 4 000 et 15 000 € par mois. Il dépensait tout pendant les bons mois et angoissait pendant les mois creux. On a mis en place la méthode des trois comptes. Salaire fixe à 5 000 €. En un an, il a constitué 35 000 € d'épargne de précaution sans même s'en rendre compte. »
La discipline qui paie
Se verser un salaire fixe est la décision la plus importante que vous prendrez pour votre équilibre financier. Votre banquier vous prêtera plus facilement. Votre conjoint vous comprendra mieux. Et vous saurez exactement combien vous gagnez — ce qui est la base de toute stratégie patrimoniale.
L'arbitrage mensuel : charges pros vs rémunération nette
On observe beaucoup d'indépendants tomber dans un piège classique : ils maximisent leurs charges professionnelles pour réduire leur bénéfice imposable, sans réaliser qu'ils réduisent aussi leur revenu disponible et leur capacité d'épargne. Voici la grille utilisée pour les aider à trouver le bon équilibre :
| Stratégie | Avantage | Risque | Pour qui |
|---|---|---|---|
| Maximiser les charges (leasing, matériel, formation) | Baisse du résultat imposable et des cotisations | Revenu net faible, capacité d'emprunt réduite | TNS avec patrimoine déjà constitué, proche de la retraite |
| Minimiser les charges (peu de dépenses pro) | Revenu net élevé, capacité d'emprunt forte | Cotisations élevées, IR plus lourd | Jeunes indépendants avec projet immobilier, besoin de trésorerie |
| Équilibre ciblé (charges utiles uniquement) | Optimisation sans excès | Demande une discipline de suivi | La majorité des indépendants |
Notre conseil : ne refusez jamais une charge professionnelle réellement utile pour votre activité (un bon logiciel, une formation certifiante, un comptable compétent). Mais ne créez pas de charges artificielles dans le seul but de réduire votre résultat. Un euro économisé en charges vous coûte toujours plus cher qu'un euro économisé en cotisations.
Le cas de la SASU : modulation salaire/dividendes en cours d'année
Contrairement à l'EURL où le gérant TNS déclare un revenu annuel unique, le président de SASU peut moduler sa rémunération chaque mois. Il peut se verser 2 000 € en janvier (mois calme), 12 000 € en mars (gros projet livré), 4 000 € en août (activité réduite). Cette flexibilité est un atout majeur pour les indépendants à revenus saisonniers ou irréguliers — consultants, formateurs, intermittents.
Attention cependant : les dividendes, eux, ne peuvent être distribués qu'une fois par an après approbation des comptes annuels. Vous ne pouvez pas vous verser des « dividendes mensuels » comme un salaire. Les dividendes sont décidés en assemblée générale, après clôture de l'exercice comptable, et après affectation du résultat.
Autre avantage de la SASU : la rémunération du président étant un salaire, elle ouvre droit aux IJ en cas d'arrêt maladie (50 % du salaire brut dans la limite de 1.8 SMIC, soit ~50 €/jour environ, plus complément employeur si prévu). Les IJ TNS sont calculées sur le revenu annuel divisé par 730 — un montant généralement plus faible. Pour un indépendant qui craint l'arrêt de travail, la SASU offre une meilleure protection de base, même avant toute prévoyance complémentaire.
15. L'épargne de précaution : combien, où, comment
Pour un indépendant, l'épargne de précaution n'est pas un luxe — c'est la fondation de tout l'édifice. Sans elle, le moindre imprévu vous met en danger.
Combien ?
La règle classique pour un salarié : 3 à 6 mois de dépenses. Pour un indépendant : 6 à 12 mois de dépenses personnelles ET professionnelles. Parce que vous pouvez perdre votre principal client du jour au lendemain. Parce qu'un arrêt de travail de 3 mois avec une franchise Madelin de 90 jours, c'est 3 mois sans IJ. Parce que l'URSSAF peut vous réclamer une régularisation surprise.
Montant cible pour un indépendant qui dépense 4 000 € par mois (tout compris) : 24 000 à 48 000 €.
Où placer cette épargne ?
Priorité 1 : Livret A (plafond 22 950 €) et LDDS (plafond 12 000 €). Liquidité immédiate, zéro fiscalité, zéro risque. Pour un couple, le plafond total est de 70 000 € (2 Livrets A + 2 LDDS).
Priorité 2 : Fonds euros d'assurance-vie pour le surplus au-delà des livrets. Rendement 2,5-3 % en 2026. Liquidité en 72 heures. Fiscalité sur les gains uniquement.
Priorité 3 : Compte sur livret bancaire si vous avez besoin de liquidité intraday. Rendement proche de zéro, mais disponibilité absolue.
Ce qu'il ne faut PAS faire
Ne placez pas votre épargne de précaution en unités de compte, en SCPI, en PER ou en immobilier. La précaution, c'est pour les urgences. Elle doit être disponible en moins de 72 heures, sans risque de perte en capital, sans pénalité de sortie. L'investissement, c'est pour le reste.
16. Acheter ses locaux professionnels : SCI ou direct
Beaucoup de professions libérales et d'indépendants finissent par se poser la question : « Et si j'achetais mes locaux au lieu de les louer ? » C'est une excellente question — mais la réponse dépend de la structure.
Achat en direct (dans le patrimoine privé)
Avantage : simplicité. Vous achetez les murs, vous les louez à votre société d'exploitation. Le loyer est une charge déductible pour la société, un revenu foncier pour vous. Inconvénient : confusion des patrimoines, fiscalité IR + PS sur les loyers (47,2 % à TMI 30 %, 62,2 % à TMI 45 %).
Achat via une SCI à l'IS
C'est la stratégie recommandée pour les indépendants qui génèrent plus de 100 000 € de chiffre d'affaires. Vous créez une SCI à l'IS qui achète les murs. La SCI loue les locaux à votre société d'exploitation. Les loyers sont imposés à l'IS (15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà) — bien moins que l'IR + PS. Et vous pouvez amortir le bien, ce qui réduit encore la base imposable.
| Méthode | Fiscalité loyers | Protection patrimoniale | Transmission | Coût annuel |
|---|---|---|---|---|
| Direct (privé) | IR + PS (47,2-62,2 %) | Faible | Droits de mutation | 0 € |
| SCI à l'IR | IR + PS (transparence) | Bonne | Donation de parts | ~1 000 €/an |
| SCI à l'IS | IS 15-25 % + amortissement | Excellente | Donation de parts, décote | ~2 500 €/an |
Quand l'achat des murs a du sens
Dès que vous avez plus de 5 ans de visibilité sur votre activité, que vous êtes installé dans des locaux que vous aimez, et que vous avez la trésorerie pour l'apport (généralement 20-30 %). L'achat des murs professionnels est l'un des meilleurs investissements qu'un indépendant puisse faire — il transforme une charge déductible en constitution de patrimoine.
Exemple chiffré : location vs achat des murs sur 10 ans
Prenons un consultant qui loue un bureau 1 200 € par mois. Sur 10 ans, il aura versé 144 000 € de loyers à son propriétaire. Cet argent est perdu.
Même consultant, il achète un bureau de 50 m² à 5 000 €/m², soit 250 000 €. Apport 50 000 €, emprunt 200 000 € à 3,5 % sur 15 ans. Mensualité : 1 429 €. Sur 10 ans, il rembourse 171 480 € dont environ 55 000 € d'intérêts (déductibles de son résultat). Capital remboursé : 116 480 €. Le bien vaut (hypothèse prudente) 250 000 €.
Bilan : en location, 144 000 € disparaissent. En achat, il a dépensé 171 480 € mais il possède un bien de 250 000 € et il a déduit 55 000 € d'intérêts. Gain net théorique : 250 000 − 171 480 + (55 000 × 30 % TMI) = 250 000 − 171 480 + 16 500 = +95 020 € par rapport à la location. C'est la puissance de l'immobilier professionnel.
SCI à l'IS pour les murs : fiscalité détaillée
Quand la SCI à l'IS achète les murs et les loue à votre société d'exploitation, la mécanique est la suivante :
- La SCI perçoit un loyer (disons 14 400 €/an).
- La SCI amortit le bien comptablement (250 000 € sur 25 ans = 10 000 €/an).
- La SCI déduit les intérêts d'emprunt, la taxe foncière, l'assurance et l'entretien.
- Le résultat fiscal de la SCI est donc proche de zéro. IS payé : quasi nul.
- La trésorerie nette de la SCI sert à rembourser le capital de l'emprunt.
- Votre société d'exploitation, elle, déduit le loyer de son résultat imposable.
Résultat : vous capitalisez dans la SCI à l'abri de l'IS, pendant que votre société d'exploitation réduit son bénéfice imposable. Double optimisation, parfaitement légale.
Attention à la SCI à l'IS pour les murs professionnels
Si vous revendez les murs, la plus-value est une PV professionnelle : IS + PFU à la distribution. Et l'amortissement comptable réduit la valeur nette comptable, ce qui augmente la plus-value imposable. La sortie de SCI à l'IS doit être anticipée. Horizon recommandé : très long terme (15 ans et plus).
17. Embaucher un premier salarié : les charges, les aides
Le passage de « freelance solo » à « employeur » est un cap psychologique et financier. Voici ce qui est recommandé pour les aider à le franchir sereinement.
Le coût réel d'un salarié
Pour un salaire net de 2 000 € par mois, le coût total employeur est d'environ :
| Élément | Montant mensuel |
|---|---|
| Salaire brut | ~2 600 € |
| Cotisations patronales (~42 % du brut en moyenne) | ~1 092 € |
| Coût total employeur | ~3 692 € |
| Salaire net versé | 2 000 € |
| Ratio net/coût total | 54 % |
Pour 2 000 € dans la poche de votre salarié, vous déboursez 3 692 €. C'est le prix de la protection sociale française. Gardez ce ratio en tête quand vous calculez la rentabilité d'une embauche.
Les aides à l'embauche en 2026
- Réduction Fillon : réduction de cotisations patronales pour les salaires jusqu'à 1,6 SMIC. Intéressante pour un premier salarié au SMIC ou légèrement au-dessus.
- Aide à l'embauche d'un apprenti : 6 000 € pour un apprenti (première année), cumulable avec d'autres aides.
- ACRE : si vous embauchez dans le cadre de la création de votre entreprise, exonération partielle de charges pendant 12 mois.
- Contrat de professionnalisation : aide forfaitaire à l'employeur pour l'embauche d'un demandeur d'emploi en contrat pro.
Ne sous-estimez pas les obligations administratives
Embaucher, c'est aussi : DPAE (déclaration préalable), DSN mensuelle, contrat de travail, visite médicale, mutuelle obligatoire, prévoyance obligatoire (pour les cadres), formation professionnelle. Déléguez la paie à un cabinet comptable. Ne faites pas ça vous-même.
Alternatives à l'embauche : portage, freelances, stagiaires
Avant d'embaucher, explorez les alternatives moins engageantes :
- Freelance / sous-traitant : vous payez une facture, pas un salaire. Pas de charges sociales, pas de congés payés, pas d'obligation de maintien dans l'emploi. L'inconvénient : le freelance peut partir du jour au lendemain. C'est la flexibilité contre la stabilité.
- Portage salarial : le professionnel est salarié d'une société de portage qui le met à votre disposition. Vous payez une facture, la société de portage gère la paie, les charges et la responsabilité. Coût : environ 8-12 % de commission sur le CA généré.
- Stagiaire / alternant : très encadré juridiquement. Gratification minimale pour les stages de plus de 2 mois : 4,05 €/h en 2026. Les aides à l'apprentissage sont généreuses (6 000 € la première année). Un alternant peut être une excellente porte d'entrée vers l'embauche.
- Groupement d'employeurs : plusieurs entreprises se regroupent pour embaucher un salarié à temps partagé. Chacune paie sa quote-part. C'est l'option idéale pour un indépendant qui a besoin d'un mi-temps sans gérer l'administratif seul. Renseignez-vous auprès de votre CCI ou CMA.
Le coût réel d'un salarié selon le niveau de rémunération
| Salaire net mensuel | Salaire brut | Cotisations patronales | Coût total mensuel | Ratio net/coût total |
|---|---|---|---|---|
| 1 500 € (proche SMIC) | ~1 950 € | ~600 € (réduction Fillon) | ~2 550 € | 59 % |
| 2 000 € | ~2 600 € | ~1 092 € | ~3 692 € | 54 % |
| 3 000 € | ~3 900 € | ~1 638 € | ~5 538 € | 54 % |
| 5 000 € (cadre) | ~6 500 € | ~2 730 € | ~9 230 € | 54 % |
La réduction Fillon allège significativement le coût des bas salaires. Pour un salarié au SMIC, le coût total est d'environ 1,3 fois le net. Pour un cadre à 5 000 € net, le coût total est de 1,85 fois le net. Plus le salaire est élevé, plus le ratio se dégrade.
18. Devenir SASU : quand et pourquoi changer de statut
Beaucoup d'indépendants démarrent en EI ou en EURL, et se posent un jour la question de passer en SASU. Voici les signaux qui indiquent qu'il est temps de franchir le pas.
Quand passer en SASU ?
- Votre revenu dépasse 100 000 € par an. À ce niveau, l'écart de charges entre TNS et assimilé salarié se réduit, et la meilleure protection sociale du régime général devient un vrai atout.
- Vous voulez une meilleure couverture retraite. Le régime général (CNAV + AGIRC-ARRCO) offre un meilleur rendement que le régime TNS. La retraite de base est calculée sur les 25 meilleures années (contre la moyenne de toute la carrière pour le TNS).
- Vous envisagez de recruter. La SASU offre plus de flexibilité pour la gouvernance et l'entrée d'investisseurs ou d'associés.
- Vous voulez une mutuelle et une prévoyance collectives. La SASU permet de mettre en place des contrats collectifs d'entreprise, souvent moins chers et plus protecteurs que les contrats individuels.
- Vous prévoyez de céder votre entreprise. La cession de titres SASU bénéficie d'un abattement pour durée de détention (50 % entre 2 et 8 ans, 65 % au-delà), plus favorable que la cession d'un fonds d'EURL.
| Critère | EURL (TNS) | SASU (assimilé salarié) |
|---|---|---|
| Charges sociales | ~45 % | ~70 % (part patronale + salariale) |
| Indemnités journalières | Faible (82 €/j max) | 50 % du salaire brut (plafonné) |
| Retraite de base | Moyenne carrière entière | 25 meilleures années |
| Retraite complémentaire | RCI (rendement faible) | AGIRC-ARRCO (rendement meilleur) |
| Assurance chômage | Non | Oui (si rupture conventionnelle ou fin de mandat) |
| Mutuelle/prévoyance | Individuelle Madelin | Contrat collectif possible |
Notre conseil
Si vous êtes en EURL et que votre résultat dépasse 100 000 € depuis deux ans, demandez à votre expert-comptable une simulation comparative EURL/SASU. Sur 5 ans, avec votre niveau de résultat réel. Prenez en compte les charges, la retraite, la prévoyance, et vos projets personnels (crédit immobilier, enfants, expatriation). La réponse n'est jamais universelle.
Le coût de la transformation EURL → SASU
Transformer une EURL en SASU n'est pas une simple formalité. C'est une opération juridique qui implique :
- La nomination d'un commissaire à la transformation (obligatoire si l'EURL a plus de 2 ans).
- Un rapport sur la valeur des biens composant l'actif social (le commissaire vérifie que les capitaux propres sont au moins égaux au capital social).
- La rédaction de nouveaux statuts de SASU.
- L'enregistrement auprès du greffe du tribunal de commerce (modification de la forme juridique).
- Des frais : comptez 2 500 à 5 000 € selon la complexité (commissaire à la transformation, avocat, greffe).
Délai : 2 à 4 mois. Fiscalement, la transformation n'est pas un événement taxable si la SASU reprend l'intégralité de l'actif et du passif de l'EURL. Aucune imposition sur la plus-value latente. C'est une opération « intercalaire » fiscalement neutre.
SASU et dividendes : optimiser la fiscalité de la distribution
En SASU, les dividendes versés au président sont soumis au PFU de 31,4 %. Mais il existe une option : le barème progressif de l'IR avec abattement de 40 %. Prenons un président qui perçoit 30 000 € de dividendes annuels :
| Option | Base imposable | Imposition | Net |
|---|---|---|---|
| PFU (31,4 %) | 30 000 € | 9 420 € | 20 580 € |
| Barème IR (TMI 30 %) + PS 17,2 % | 18 000 € (après abattement 40 %) | 5 400 € IR + 5 160 € PS = 10 560 € | 19 440 € |
Dans cet exemple, le PFU est plus favorable. Mais si la TMI est à 11 % (retraite, année à faible revenu), le barème IR + PS donne : 1 980 € IR + 5 160 € PS = 7 140 €, soit un net de 22 860 €. Dans ce cas, l'option barème est gagnante. L'arbitrage PFU/barème se refait chaque année lors de la déclaration de revenus. Ne choisissez pas par défaut — calculez.
La SASU pour le conjoint collaborateur
Si votre conjoint travaille avec vous, la SASU permet de le salarier. C'est un vrai contrat de travail, avec bulletin de paie, cotisations sociales, et droits à la retraite. C'est une façon légale et efficace de partager les revenus du foyer fiscal, de faire cotiser le conjoint pour sa propre retraite, et de réduire le revenu imposable de la SASU. En EURL, le conjoint peut être conjoint collaborateur (statut TNS, protection sociale réduite) ou salarié. La SASU offre plus de souplesse sur ce point.
19. Les erreurs fréquentes chez les indépendants
En quinze ans de pratique au cabinet, L'expérience du cabinet, fondée sur des centaines d'indépendants. Voici les dix erreurs les plus fréquentes et les plus coûteuses.
« Pour résumer quinze ans de rendez-vous avec des indépendants en une phrase : ceux qui réussissent ne sont pas les plus talentueux ni les mieux payés, ce sont ceux qui ont mis en place les bonnes structures — juridique, sociale, fiscale — dès les premières années. »
Les 5 signaux qu'il est temps de consulter un CGP
Voici les moments où les clients indépendants auraient dû venir me voir plus tôt :
- Votre bénéfice dépasse 70 000 € pour la première fois. C'est le seuil où le statut EI n'est plus optimal et où la création d'une société devient pertinente.
- Vous avez 30 ans et aucune épargne retraite. Vous avez encore 35 ans devant vous pour capitaliser. Mais chaque année perdue coûte très cher en intérêts composés.
- Votre premier enfant arrive. La prévoyance décès devient urgente. La clause bénéficiaire de l'assurance-vie aussi. Et il faut penser à l'épargne études.
- Vous achetez votre résidence principale. Le banquier va vous demander vos trois derniers bilans. Si votre rémunération est erratique, il faut la lisser et la justifier.
- Vous pensez à réduire votre activité. Le passage à temps partiel, le slow working, la retraite progressive : tout cela a des conséquences sur votre protection sociale qu'il faut anticiper.
L'erreur bonus : ne pas savoir dire non
On observe beaucoup d'indépendants qui acceptent tous les clients, tous les projets, toutes les missions. Par peur du vide. Par peur de manquer. Résultat : ils travaillent 60 heures par semaine, ils gagnent bien leur vie mais ils n'ont pas le temps d'optimiser ce qu'ils gagnent. Ils ne lisent pas leurs contrats. Ils ne comparent pas leurs offres d'assurance. Ils ne font pas de bilan patrimonial. Ils repoussent.
L'indépendance, ce n'est pas gagner plus en travaillant plus. C'est gagner assez en travaillant à son rythme, puis prendre le temps de gérer ce qu'on a gagné. Si vous courez en permanence après le chiffre d'affaires, vous n'aurez jamais le temps de construire votre patrimoine. Bloquez une demi-journée par trimestre pour vos finances personnelles. C'est le meilleur investissement de votre temps.
20. FAQ — 10 questions que me posent les indépendants
EURL ou SASU : comment choisir définitivement ?
EURL = TNS = moins de charges (~45 %) mais protection sociale faible. SASU = assimilé salarié = plus de charges (~70 %) mais meilleure retraite et IJ. En dessous de 80 000 € de résultat, l'EURL est souvent plus intéressante. Au-dessus de 120 000 €, la SASU le devient. Entre les deux, faites une simulation personnalisée intégrant votre âge, votre situation familiale et vos projets.
Le PER TNS est-il vraiment intéressant si je ne paie pas beaucoup d'impôts ?
Si votre TMI est à 11 %, l'avantage fiscal immédiat est faible (11 % d'économie sur le versement). Mais le PER a deux autres avantages : les fonds fructifient sans fiscalité annuelle (pas de PFU sur les gains latents), et vous pouvez sortir en capital au moment de la retraite avec une fiscalité potentiellement plus faible. Le PER se justifie dès la TMI à 11 %, il devient très puissant à partir de 30 %.
Puis-je cumuler PER et assurance-vie ?
Oui, et c'est recommandé. Le PER jusqu'au plafond de déduction. L'assurance-vie pour le surplus. Les deux enveloppes sont complémentaires : le PER optimise votre fiscalité immédiate, l'assurance-vie offre une liberté de rachat totale.
Quelle prévoyance Madelin souscrire en priorité si j'ai un budget limité ?
Les indemnités journalières. C'est le risque le plus probable (arrêt de travail) et le plus dévastateur à court terme. Ensuite l'invalidité, puis le décès si vous avez des personnes à charge. Commencez par les IJ, complétez les autres garanties dès que votre budget le permet.
Je suis en EI, dois-je passer en société ?
Si votre chiffre d'affaires dépasse 70 000 € par an OU si vous avez un patrimoine personnel significatif à protéger (maison, épargne), la réponse est oui. La création d'une EURL coûte environ 1 500-2 500 € et protège votre patrimoine personnel. C'est un investissement de sécurité, pas de rentabilité.
Combien puis-je déduire avec un contrat Madelin prévoyance ?
IJ : 7 % du PASS + 3,75 % du bénéfice (plafonné à 8 PASS). Invalidité-décès : 3,75 % du PASS + 3,75 % du bénéfice. Pour 60 000 € de bénéfice, le plafond total est d'environ 9 666 €. C'est un maximum, pas une obligation — vous souscrivez ce dont vous avez besoin.
Le versement libératoire de l'IR existe-t-il encore en 2026 ?
Oui, pour les entrepreneurs individuels sous conditions : chiffre d'affaires inférieur à 77 700 € (BIC) ou 27 000 € (BNC) et revenu fiscal de référence sous certains seuils. L'impôt est payé en même temps que les charges sociales, au taux de 1 % (BNC), 1,7 % (BIC), ou 2,2 % (BIC prestations de services). Simple mais pas toujours optimal.
Puis-je avoir une assurance chômage en tant qu'indépendant ?
En TNS, non. En assimilé salarié (SASU), vous pouvez bénéficier de l'assurance chômage après une rupture conventionnelle ou une fin de mandat, sous conditions. Il existe aussi des assurances chômage privées pour indépendants (contrats GSC, APRIL, etc.) mais elles sont chères et les conditions d'indemnisation sont strictes.
Qu'est-ce qui change pour les indépendants en 2026 ?
PASS à 48 060 € (revalorisé). Les seuils et plafonds Madelin sont indexés sur le PASS. Les taux de cotisations TNS sont stables par rapport à 2025. La réforme des retraites (si elle survient) pourrait modifier le calcul de la retraite de base et complémentaire — à surveiller.
À quel moment consulter un CGP ?
Dès le début de votre activité pour poser les bonnes bases (statut, prévoyance, retraite). Ensuite, à chaque étape clé : dépassement des 70 000 €, embauche du premier salarié, achat immobilier, mariage/PACS, naissance, souhait de réduire votre activité. Un rendez-vous annuel de suivi est idéal.
21. Lexique
| Terme | Définition |
|---|---|
| ACRE | Aide aux Créateurs et Repreneurs d'Entreprise. Exonération partielle de charges sociales pendant 12 mois. |
| AGIRC-ARRCO | Régime de retraite complémentaire des salariés du privé. Meilleur rendement que le RCI des TNS. |
| Assimilé salarié | Statut social du président de SASU. Cotise au régime général, pas au TNS. |
| BIC | Bénéfices Industriels et Commerciaux. Catégorie fiscale des commerçants et artisans. |
| BNC | Bénéfices Non Commerciaux. Catégorie fiscale des professions libérales. |
| CNAV | Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse. Gère la retraite de base des salariés. |
| Contrat Madelin | Contrat de prévoyance, mutuelle ou retraite dédié aux TNS. Cotisations déductibles. |
| CSG-CRDS | Contribution Sociale Généralisée et Contribution au Remboursement de la Dette Sociale. Total : 9,7 %. |
| EURL | Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée. Un seul associé, gérant TNS. |
| IJ | Indemnités Journalières. Versées en cas d'arrêt de travail pour maladie ou accident. |
| IS | Impôt sur les Sociétés. 15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà. |
| Madelin (contrat) | Dispositif permettant aux TNS de déduire leurs cotisations de prévoyance, mutuelle et retraite. |
| PASS | Plafond Annuel de la Sécurité Sociale. 48 060 € en 2026. Sert de référence pour la plupart des plafonds. |
| PER | Plan Épargne Retraite. Produit d'épargne retraite ouvert à tous. Plafond de déduction majoré pour les TNS. |
| PFU | Prélèvement Forfaitaire Unique / Flat Tax. 31,4 % en 2026 (12,8 % IR + 17,2 % PS + 1,4 % CEHR si applicable). |
| RCI | Retraite Complémentaire des Indépendants. Régime obligatoire par points. Rendement faible. |
| SASU | Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle. Un seul actionnaire, président assimilé salarié. |
| SELARL / SELAS | Société d'Exercice Libéral (ARL ou SAS). Pour les professions réglementées. |
| TMI | Taux Marginal d'Imposition. La tranche la plus élevée du barème IR. Détermine la rentabilité des dispositifs. |
| TNS | Travailleur Non Salarié. Régime social des indépendants non assimilés salariés. |
| URSSAF | Union de Recouvrement pour la Sécurité Sociale et les Allocations Familiales. Collecte les cotisations. |
| ACCRE | Ancien nom de l'ACRE. Aide aux chômeurs créant ou reprenant une entreprise. |
| Assurance chômage privée | Contrat pour indépendant (GSC, APRIL) indemnisant en cas de perte d'activité. Conditions strictes. |
| DPAE | Déclaration Préalable À l'Embauche. Obligatoire avant toute embauche. |
| DSN | Déclaration Sociale Nominative. Transmission mensuelle des données sociales à l'URSSAF. |
| Frais généraux (contrat) | Assurance couvrant les charges fixes de l'entreprise en cas d'arrêt de travail du dirigeant. |
| GSC | Garantie Sociale du Chef d'entreprise. Contrat d'assurance chômage privée pour indépendants. |
| Plafond niches fiscales | Limite annuelle de 10 000 € pour l'ensemble des réductions d'impôt. Le PER y échappe (déduction, pas réduction). |
| Réduction Fillon | Réduction dégressive de cotisations patronales pour les salaires jusqu'à 1,6 SMIC. |
| SJR | Salaire Journalier de Référence. Base de calcul des IJ pour les assimilés salariés. |
| Versement libératoire | Option pour les micro-entrepreneurs de payer l'IR en même temps que les cotisations sociales. |
22. Vous êtes indépendant, pas seul
Ce guide se conclut par un constat qui se vérifie chaque semaine au cabinet : les indépendants qui réussissent ne sont pas ceux qui savent tout faire seuls. Ce sont ceux qui savent s'entourer.
Un bon expert-comptable pour la liasse fiscale et les déclarations. Un bon CGP pour la stratégie patrimoniale et la protection sociale. Un bon notaire pour les acquisitions immobilières et la transmission. Un bon courtier pour les crédits. Votre métier, c'est votre activité. Leur métier, c'est de vous protéger et d'optimiser vos revenus. Ne confondez pas les rôles.
En quinze ans de pratique, Des cas ont été observés où des indépendants brillants ont perdu des années d'économies parce qu'ils avaient voulu tout faire eux-mêmes. L'indépendance, ce n'est pas la solitude. C'est la liberté de choisir les meilleurs partenaires pour vous accompagner. Et cette liberté commence par une décision : accepter de déléguer ce qui n'est pas votre cœur de métier.
Ce qu'il est utile de rappeler à 25 ans
Il aurait été utile de savoir que le statut juridique n'est pas un détail, mais la fondation de tout l'édifice. Qu'un mauvais choix de statut peut coûter des dizaines de milliers d'euros en charges inutiles ou en protection insuffisante.
Il est essentiel d'aborder la prévoyance Madelin le jour où l'obtention du numéro SIRET. Pas le jour où le premier arrêt de travail. La prévoyance, comme l'assurance, ne sert à rien jusqu'au jour où elle sert à tout.
Il est essentiel de montrer un calcul de retraite TNS à 30 ans — pour comprendre que 200 € par mois à 30 ans, c'est 800 € de retraite en plus à 65 ans. La puissance des intérêts composés n'est pas un slogan : c'est la seule façon de transformer des petits versements réguliers en capital significatif.
Il aurait été utile de savoir que l'épargne de précaution n'est pas une perte de rendement — c'est le prix de la liberté. Un indépendant avec 40 000 € de côté peut refuser un mauvais client, négocier ses tarifs, prendre trois mois pour lancer un nouveau projet. Un indépendant sans épargne ne peut rien refuser.
Et surtout, j'aurais aimé qu'on me dise que le temps est le seul actif que vous ne pouvez pas racheter. Chaque année sans PER est une année de défiscalisation perdue. Chaque année sans prévoyance est une année de risque inutile. Chaque année sans épargne de précaution est une année de stress évitable.
Ne repoussez pas ces décisions. Elles sont moins complexes qu'elles n'en ont l'air. Et une fois en place, elles tournent toutes seules.
« Le cabinet a accompagné plus de 300 indépendants dans ma carrière. Aucun ne m'a jamais dit : "J'ai commencé ma prévoyance et mon PER trop tôt." Beaucoup m'ont dit : "Pourquoi personne ne m'a expliqué ça il y a dix ans ?" »
La prochaine étape
Si vous avez lu ce guide jusqu'ici, vous avez déjà une vision claire de ce qu'un indépendant doit mettre en place pour protéger son activité et préparer l'avenir. Maintenant, ce qu'il vous faut, c'est un diagnostic personnalisé — avec vos chiffres, votre statut, vos projets.
Prenez une heure. Apportez votre dernier avis d'imposition, votre bilan comptable si vous êtes en société, et la liste de vos contrats en cours (mutuelle, prévoyance, assurance-vie, PER). Nous ferons le point sur votre situation réelle, nous identifierons les trous dans la raquette, et nous construirons ensemble un plan d'action concret, chiffré, priorisé. Vous repartirez avec une feuille de route claire. Pas avec des généralités.
Le premier rendez-vous
Sans engagement. C'est un audit de votre situation, pas une vente. Venez avec vos questions — y compris celles que vous n'osez pas poser à votre expert-comptable. C'est pour ça que le cabinet est à votre disposition.
En résumé : la check-list de l'indépendant protégé
Voici les 10 actions recommandées à tout indépendant, dans l'ordre de priorité. Si vous cochez ces 10 cases, vous êtes dans le top 5 % des indépendants les mieux protégés de France.
Si vous mettez en place ces 10 actions dans les 12 prochains mois, vous aurez construit le socle de protection et d'optimisation qui vous permettra de vous concentrer sur l'essentiel : développer votre activité et profiter de votre indépendance. Le reste — l'immobilier, la transmission, l'optimisation avancée — viendra naturellement quand les fondamentaux seront en place.
Leçons de quinze ans de pratique
L'indépendance est un privilège qui se mérite. La liberté de choisir ses clients, ses horaires, ses projets a un prix : celui de la vigilance. Le salarié peut se permettre d'ignorer sa protection sociale — quelqu'un d'autre s'en occupe. L'indépendant ne le peut pas. Mais une fois les bonnes structures en place, l'indépendant est objectivement mieux protégé que le salarié : sa protection est sur mesure, optimisée fiscalement, et parfaitement adaptée à ses besoins. Ne voyez pas la prévoyance et le PER comme des charges. Voyez-les comme les fondations de votre liberté.
Ce guide est le fruit de quinze années d'accompagnement d'indépendants et de professions libérales. Chaque tableau, chaque calcul, chaque recommandation a été éprouvé sur le terrain. Si une seule section vous a fait réfléchir, ce guide a rempli sa mission.
Document mis à jour le 17 mai 2026. Données fiscales et sociales vérifiées sur Légifrance, BOFiP, URSSAF et Service-Public. Ce guide est un document pédagogique ; il ne remplace pas une consultation personnalisée avec un professionnel du conseil en gestion de patrimoine.