Les Essentiels — Édition mai 2026

Transmission : comment donner, protéger et transmettre efficacement.

Donation simple, donation-partage, démembrement de propriété, assurance-vie, SCI, Pacte Dutreil : tout ce que vous devez savoir pour transmettre votre patrimoine de votre vivant — ou après vous — en payant moins d'impôts. Calculs pas à pas, hypothèses explicites, pièges à éviter.

Les Essentiels du Patrimoine

La Transmission

Donner, protéger et transmettre — sans payer plus que nécessaire.

Abattement parent-enfant : 100 000 € · PFU 2026 : 31,4 % · PASS 2026 : 48 060 €

Sommaire

01Pourquoi s'occuper de sa transmission maintenant ?
02Constantes et hypothèses 2026
03Les bases de la succession
04La donation simple
05Les abattements en donation
06Exemple chiffré : donation de 200 000 € à un enfant
07La donation-partage
08Le démembrement de propriété
09Le barème de l'article 669 du CGI
10Donation avec réserve d'usufruit
11L'assurance-vie, outil de transmission
12La clause bénéficiaire
13Fiscalité de l'AV au décès
14La SCI
15Le Pacte Dutreil
16Comparatif des outils
17Les erreurs à éviter
18FAQ
19Lexique
20Conclusion et prochaines étapes

1. Pourquoi s'occuper de sa transmission maintenant ?

La plupart des Français repoussent la réflexion sur la transmission. Résultat : le règlement de la succession s'impose aux héritiers au pire moment — celui du deuil — sans aucune préparation. Pourtant, chaque année d'anticipation gagnée est une année qui rapporte.

Trois bonnes raisons de s'y mettre

Raison 1
Protéger vos proches. Une transmission non préparée, c'est le risque de conflits familiaux, de délais administratifs et de charges fiscales évitables. Dans une famille recomposée, l'absence d'organisation peut déboucher sur des situations inextricables.
Raison 2
Réduire l'impôt. Les droits de succession peuvent atteindre 45 % en ligne directe et 60 % pour un non-parent. Chaque euro optimisé est un euro qui reste dans la famille. Sur un patrimoine de 1 M €, une stratégie adaptée peut économiser plusieurs centaines de milliers d'euros.
Raison 3
Maîtriser votre stratégie. Donner de son vivant permet de choisir qui reçoit quoi, quand, et comment — plutôt que de laisser le Code civil décider à votre place. Vous pouvez tester vos enfants, observer leur gestion, et ajuster.

Ne pas confondre transmission et succession

La succession est ce qui se passe le jour du décès : le patrimoine est transféré selon les règles légales, avec une fiscalité qui s'applique en une seule fois. La transmission est une stratégie qui se construit sur la durée : donations successives, démembrements, assurance-vie. La première est subie. La seconde est pilotée.

Le saviez-vous ?

Un couple avec deux enfants peut transmettre jusqu'à 400 000 € tous les 15 ans en franchise totale de droits, simplement en utilisant les abattements légaux (100 000 € par parent et par enfant). Sur 30 ans, cela représente 800 000 € transmis sans un centime d'impôt. Pourtant, la majorité des Français n'utilisent qu'une fraction de ces abattements.

L'essentiel à retenir

La transmission ne s'improvise pas. Elle se planifie sur 10, 20 ou 30 ans. Chaque année perdue est un cycle d'abattement gaspillé. Le meilleur moment pour commencer, c'est aujourd'hui.

2. Constantes et hypothèses 2026.

Tous les calculs de ce guide reposent sur un socle fiscal explicite. Voici les constantes utilisées, valables pour l'année 2026. Un changement législatif peut les faire évoluer — ce guide est mis à jour chaque année.

Constantes fiscales et sociales 2026

  • PASS 2026 : 48 060 €
  • PFU (Flat Tax) 2026 : 31,4 %
  • Abattement parent enfant : 100 000 €
  • Abattement conjoint / PACS : 80 724 €
  • Abattement petit-enfant : 31 865 €
  • Abattement frère/sœur : 15 932 €
  • Don familial somme d'argent (CGI 790 G) : 31 865 €
  • Renouvellement des abattements : tous les 15 ans
  • Abattement AV primes avant 70 ans : 152 500 € par bénéficiaire
  • Abattement AV primes après 70 ans : 30 500 € (global)
  • Exonération Pacte Dutreil : 75 % de la valeur des titres
  • IS : 15 % jusqu'à 42 500 €, puis 25 %
  • Prélèvements sociaux (PS) : 17,2 %
  • Taux marginal succession ligne directe : 5 % à 45 %
  • Taux marginal succession non-parent : 60 %

Sources : Service-Public, impôts.gouv.fr, BOFiP — Données au 16 mai 2026. Les calculs sont effectués sous hypothèses fixes et ne constituent pas un conseil personnalisé.

L'essentiel à retenir

Tout calcul de transmission commence par l'identification du lien de parenté, de l'abattement applicable et du barème correspondant. Les constantes ci-dessus sont le socle de tous les exemples chiffrés de ce guide.

3. Les bases de la succession : réserve héréditaire, quotité disponible, ordre des héritiers.

Avant de parler d'outils, il faut comprendre les règles du jeu. Trois notions fondamentales structurent toute transmission. Si vous ne les maîtrisez pas, vous risquez de construire une stratégie qui sera réduite à néant le jour de l'ouverture de la succession.

La réserve héréditaire

C'est la part du patrimoine que la loi réserve obligatoirement à certains héritiers (les héritiers réservataires : enfants, ou conjoint en l'absence d'enfants). Vous ne pouvez pas en disposer librement. Cette part est d'ordre public : toute libéralité qui y porterait atteinte est susceptible de réduction.

1 enfant
Réserve = 1/2 du patrimoine. Quotité disponible = 1/2.
2 enfants
Réserve = 2/3 du patrimoine (1/3 par enfant). Quotité disponible = 1/3.
3+ enfants
Réserve = 3/4 du patrimoine (réparti entre eux). Quotité disponible = 1/4.

La quotité disponible

C'est la part de votre patrimoine dont vous pouvez disposer librement — pour avantager un enfant, un conjoint, un tiers, ou une association. Tous les outils de transmission (donations, assurance-vie, testament) visent à utiliser cette quotité disponible de façon optimale.

Attention

L'assurance-vie n'échappe pas totalement à la réserve. Les héritiers réservataires peuvent contester des primes manifestement exagérées au regard des facultés du souscripteur. Le capital est alors réintégré dans la masse successorale pour vérifier l'atteinte à la réserve.

L'ordre des héritiers

OrdreQui hérite ?En l'absence d'enfants
1er ordreEnfants et leurs descendants
2e ordreParents, frères et sœurs (et leurs descendants)1/2 aux parents, 1/2 aux frères/sœurs
3e ordreAscendants autres que parents
4e ordreCollatéraux ordinaires (oncles, tantes, cousins)

Le conjoint survivant

En présence d'enfants communsChoix entre : 100 % en usufruit de la succession OU 1/4 en pleine propriété.
En présence d'enfants non communs1/4 en pleine propriété. Pas d'option pour l'usufruit total.
En l'absence d'enfantLe conjoint hérite de tout, sauf si les parents sont encore en vie (dans ce cas : 1/2 conjoint, 1/4 père, 1/4 mère).
Exonération fiscaleLe conjoint survivant et le partenaire de PACS sont totalement exonérés de droits de succession.
À retenir Le conjoint est le grand gagnant fiscal de la succession. Mais attention au piège : en présence d'enfants d'un premier lit, le conjoint n'a droit qu'à 1/4 en pleine propriété. Une donation entre époux (ou donation au dernier vivant) permet d'élargir ses droits. Sans cette précaution, le conjoint pourrait se retrouver propriétaire d'un quart de la maison familiale, en indivision avec les enfants du défunt.

L'essentiel à retenir

La réserve héréditaire est le plancher obligatoire. La quotité disponible est l'espace de liberté. Toute la stratégie de transmission consiste à utiliser au mieux cet espace, en combinant les bons outils, au bon moment.

4. La donation simple.

La donation simple est l'acte par lequel vous transmettez, de votre vivant et de manière irrévocable, un bien à une personne. C'est le plus ancien outil de transmission — et souvent le plus sous-estimé. Pourtant, c'est le seul qui permet de transmettre immédiatement tout en continuant à profiter du renouvellement des abattements tous les 15 ans.

Comment ça marche

Vous donnez un bien (somme d'argent, bien immobilier, valeurs mobilières, parts de société) à un donataire (celui qui reçoit). La donation doit être constatée par acte notarié pour les biens immobiliers. Pour les sommes d'argent et valeurs mobilières, une déclaration au service des impôts (formulaire n° 2735) suffit.

Les trois caractéristiques de la donation simple

Irrévocable
Vous ne pouvez pas revenir sur votre décision. Le bien sort définitivement de votre patrimoine. Des exceptions existent (ingratitude, survenance d'enfant) mais elles sont rares et strictement encadrées.
Immediate
Le transfert de propriété a lieu tout de suite. Le donataire devient propriétaire au jour de la signature de l'acte. Il peut vendre, louer, ou transmettre le bien dès le lendemain.
Rapportable
Au décès du donateur, la donation simple est rapportée à la succession pour vérifier que la réserve héréditaire de chaque héritier n'a pas été entamée. La valeur retenue est celle au jour du partage (pas au jour de la donation).
Rapport successoral vs rapport fiscal Le rapport civil sert à vérifier l'égalité entre héritiers (valeur au jour du partage). Le rapport fiscal sert à calculer les droits de succession : si la donation date de moins de 15 ans, on la réintègre dans l'assiette des droits de succession (valeur au jour de la donation). Un appartement donné il y a 10 ans et qui a doublé de valeur sera rapporté pour 1 au civil (valeur actuelle) et pour 1 au fiscal (valeur au jour de la donation). Ce décalage est une source importante d'optimisation.

Attention

Avant de donner, vérifiez que vous conservez de quoi vivre. La donation est irrévocable. Donner sa résidence principale en pleine propriété vous expose au risque de vous retrouver sans toit si vos relations avec le donataire se détériorent. Le démembrement (cf. section 08) permet de donner tout en conservant l'usage.

L'essentiel à retenir

La donation simple est l'outil de base de toute stratégie de transmission. Simple à mettre en œuvre pour les liquidités, elle devient un acte lourd de conséquences pour l'immobilier. L'irrévocabilité impose de bien réfléchir avant de signer.

5. Les abattements en donation : tableau complet.

Chaque donateur bénéficie d'un abattement personnel qu'il peut utiliser vis-à-vis de chaque bénéficiaire. Ces abattements se renouvellent tous les 15 ans. C'est le pilier de l'optimisation : un parent donne 100 000 € aujourd'hui, puis 100 000 € dans 15 ans, puis 100 000 € dans 30 ans = 300 000 € sans droits sur une période de 30 ans.

Hypothèse de calcul

Tous les abattements ci-dessous sont personnels au donateur. Un couple peut donc cumuler les abattements des deux membres vis-à-vis de chaque enfant : 200 000 € tous les 15 ans, soit 400 000 € sur 30 ans.

Abattements par donataire (CGI art. 779)

Vous donnez a...AbattementRenouvellement
Enfant (vivant ou représenté)100 000 €Tous les 15 ans
Conjoint ou partenaire de PACS80 724 €Tous les 15 ans
Petit-enfant31 865 €Tous les 15 ans
Arrière-petit-enfant5 310 €Tous les 15 ans
Ascendant (parent, grand-parent)100 000 €Tous les 15 ans
Frère ou sœur15 932 €Tous les 15 ans
Neveu ou nièce7 967 €Tous les 15 ans
Personne handicapée (supplément)+ 159 325 €Cumulable avec l'abattement ci-dessus

Abattements spécifiques

DispositifMontantConditions
Don familial de somme d'argent (CGI 790 G)31 865 €Donateur moins de 80 ans, donataire majeur. Tous les 15 ans.
Don exceptionnel RP / rénovation (CGI 790 A bis)100 000 €Dons consentis entre le 15/02/2025 et le 31/12/2026 pour achat RP neuve ou rénovation énergétique.
Present d'usage~2 % du patrimoineCadeau offert à l'occasion d'un événement (Noël, anniversaire, mariage). Pas de formalité.

Pour les dons de somme d'argent (CGI 790 G), le montant de 31 865 € est cumulable avec l'abattement personnel (100 000 € parent-enfant). Un parent peut donc donner 131 865 € à son enfant majeur en une seule opération, en franchise totale de droits.

Barème des droits de donation (après abattement)

Part taxable après abattementTaux
Jusqu'à 8 072 €5 %
8 072 € à 12 109 €10 %
12 109 € à 15 932 €15 %
15 932 € à 552 324 €20 %
552 324 € à 902 838 €30 %
902 838 € à 1 805 677 €40 %
Au-delà de 1 805 677 €45 %

Barème en ligne directe (parent > enfant, grand-parent > petit-enfant). Pour les autres liens de parenté, le barème et les taux diffèrent : frère/sœur : 35 %/45 % ; neveu/nièce : 55 % ; non-parent : 60 %. L'écart entre 20 % (ligne directe) et 60 % (non-parent) justifie le recours massif à l'assurance-vie pour transmettre à des tiers.

L'essentiel à retenir

Les abattements sont le carburant de toute stratégie de transmission. Leur renouvellement tous les 15 ans est un effet de levier massif : plus vous commencez tôt, plus vous transmettez en franchise. Un parent qui commence à 45 ans peut utiliser 3 cycles d'abattements (45, 60, 75 ans), contre 2 s'il commence à 60 ans.

6. Exemple chiffré : donation de 200 000 € à un enfant.

Voyons concrètement comment se calcule l'impôt sur une donation. Prenons le cas le plus courant : un parent donne 200 000 € à son enfant unique. Calcul pas à pas.

Hypothèses

Lien de parentéParent enfant (ligne directe)
Montant donné200 000 €
DonateurÂge de 55 ans, première donation à cet enfant
Abattement disponible100 000 € (intégralement disponible)

Étape 1 : appliquer l'abattement

Montant donné200 000 €
Abattement parent enfant100 000 €
Part taxable= 100 000 €

Étape 2 : appliquer le barème progressif

TrancheTauxMontant dans la trancheDroits
0 à 8 072 €5 %8 072 €404 €
8 072 à 12 109 €10 %4 037 €404 €
12 109 à 15 932 €15 %3 823 €573 €
15 932 à 100 000 €20 %84 068 €16 814 €

Résultat

Total des droits : 18 195 €

Taux effectif : 18 195 / 200 000 = 9,1 %. Le donataire reçoit 200 000 € et paie 18 195 € de droits. Net perçu : 181 805 €.

Comment optimiser ? Scénario B : don fractionné

Si ce parent donne 100 000 € maintenant et 100 000 € dans 15 ans (après reconstitution de l'abattement), les droits sont de 0 € sur les 200 000 €. Économie : 18 195 €. La patience paie.

Scénario C : avec le don familial de somme d'argent

Si l'enfant est majeur et le parent a moins de 80 ans : abattement = 100 000 € + 31 865 € (CGI 790 G) = 131 865 €. Sur 200 000 € donnés, part taxable = 68 135 €. Droits = 11 200 €. Soit un taux effectif de 5,6 %. Le coup de pouce fiscal du CGI 790 G économise près de 7 000 €.

L'essentiel à retenir

Sur 200 000 € donnés à un enfant, les droits sont de 18 195 € sans optimisation, et de 0 € avec un fractionnement dans le temps. La règle des 15 ans est votre meilleure alliée fiscale.

7. La donation-partage.

La donation-partage est la version premium de la donation simple. Elle permet de répartir vos biens entre plusieurs donataires (typiquement vos enfants) en figeant les valeurs au jour de l'acte. C'est l'outil de la paix familiale par excellence.

Pourquoi c'est mieux que la donation simple

CritèreDonation simpleDonation-partage
Effet sur la successionRapportable en valeur au jour du décèsValeur figée au jour de la donation-partage
Risque de conflitÉlevé : si le bien prend de la valeur, l'équilibre successoral est rompuFaible : les lots sont définitivement fixés
SouplesseUn seul donatairePlusieurs donataires, attribution de lots distincts
Biens concernésTout type de bienTout type de bien
FormalismeActe notarié (obligatoire pour l'immobilier)Acte notarié obligatoire dans tous les cas
Réincorporation à la successionOui (rapport civil)Non (présomption de partage définitif)
Exemple concret Vous avez deux enfants et deux biens : un appartement de 300 000 € et des parts de SCI de 300 000 €. Vous les donnez via une donation-partage : l'appartement à votre fille, les parts de SCI à votre fils. 20 ans plus tard, l'appartement vaut 700 000 € et les parts de SCI 500 000 €. La donation-partage fige les valeurs à 300 000 € chacun. Le fils ne pourra pas réclamer la moitié de la plus-value de l'appartement (200 000 €). Avec une donation simple, il l'aurait pu. Ce gel des valeurs est d'une puissance redoutable.

La donation-partage transgénérationnelle

Depuis la loi du 3 décembre 2001, un grand-parent peut réaliser une donation-partage en présence de ses enfants et petits-enfants. Il peut sauter une génération et donner directement à ses petits-enfants, avec l'accord de ses enfants. L'avantage : l'abattement petit-enfant (31 865 €) s'applique, en plus de l'effet de gel des valeurs. Les enfants sautés ne peuvent pas contester — ils ont donné leur accord.

Attention

La donation-partage impose un acte notarié obligatoire, même pour les liquidités. Les frais de notaire sont proportionnels à la valeur des biens donnés. Pour une donation de 200 000 €, prévoyez environ 1 500 à 2 500 € de frais notariés.

L'essentiel à retenir

Dès que vous avez plusieurs enfants et des biens de valeurs différentes, la donation-partage est quasi-incontournable. Elle sécurise la répartition et évite des conflits successoraux qui peuvent durer des années.

8. Le démembrement de propriété.

Le démembrement est la séparation entre le droit d'utiliser un bien et d'en percevoir les fruits (l'usufruit) et le droit d'en être propriétaire en attendant (la nue-propriété). C'est l'un des leviers les plus puissants de l'ingénierie patrimoniale.

Usufruit, nue-propriété, pleine propriété : qui fait quoi ?

DroitUsufruitierNu-propriétaire
Utiliser le bienOui (habiter le logement)Non
Percevoir les fruitsOui (loyers, dividendes)Non
Vendre le bienNon (sauf accord du nu-propriétaire)Non (sauf accord de l'usufruitier)
Devenir plein propriétaireNonOui, au décès de l'usufruitier (sans droits)
Payer les grosses réparationsNonOui (art. 606 du Code civil)
Payer l'entretien courantOuiNon

Pourquoi utiliser le démembrement ?

Avantage fiscal
Donner la nue-propriété permet de réduire la base taxable de la donation. La valeur de la nue-propriété est toujours inférieure à celle de la pleine propriété. Plus le donateur est jeune, plus la nue-propriété est faible (donc moins taxée).
Maintien des revenus
En conservant l'usufruit, vous continuez à percevoir les loyers ou à occuper le bien. Vous donnez mais vous ne vous appauvrissez pas. Vous conservez votre train de vie jusqu'à votre décès.

Le saviez-vous ?

Au décès de l'usufruitier, la nue-propriété et l'usufruit se recomposent automatiquement en pleine propriété entre les mains du nu-propriétaire — sans aucune taxation supplémentaire. C'est ce qu'on appelle le coup de baguette magique fiscal : l'usufruit s'éteint sans droits. L'administration fiscale ne perçoit rien sur cette reconstitution.

Attention

Le démembrement crée une situation de copropriété entre usufruitier et nu-propriétaire. Toute décision importante (vente, travaux majeurs) nécessite l'accord des deux parties. En cas de conflit, le bien peut devenir ingérable. D'où l'intérêt de formaliser les règles dans une SCI.

L'essentiel à retenir

Le démembrement est l'outil roi de la transmission : il réduit l'assiette taxable, maintient les revenus du donateur et permet une reconstitution en pleine propriété sans fiscalité au décès. C'est le compromis idéal entre donner et se protéger.

9. Le barème de l'article 669 du CGI : valeur de l'usufruit selon l'âge.

L'administration fiscale a fixé une table qui détermine la valeur de l'usufruit (et donc de la nue-propriété) en fonction de l'âge de l'usufruitier. Ce barème est utilisé pour calculer les droits de donation. Plus l'usufruitier est âgé, plus son usufruit vaut peu — et plus la nue-propriété vaut cher.

Âge de l'usufruitierValeur de l'usufruitValeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans révolus90 %10 %
De 21 à 30 ans révolus80 %20 %
De 31 à 40 ans révolus70 %30 %
De 41 à 50 ans révolus60 %40 %
De 51 à 60 ans révolus50 %50 %
De 61 à 70 ans révolus40 %60 %
De 71 à 80 ans révolus30 %70 %
De 81 à 90 ans révolus20 %80 %
Plus de 91 ans révolus10 %90 %

Comment lire ce barème

Lecture : donateur de 55 ans Vous avez 55 ans et vous donnez la nue-propriété d'un bien de 500 000 € à votre enfant. L'administration considère que vous avez conservé un usufruit qui vaut 50 % de la pleine propriété (votre âge vous place dans la tranche 51-60 ans). La valeur taxable de la donation est donc : 50 % x 500 000 € = 250 000 €. Au lieu de payer des droits sur 500 000 €, vous les payez sur 250 000 €. Après abattement de 100 000 €, la base taxable tombe à 150 000 €. Droits = 18 500 € au lieu de ~98 000 € en pleine propriété.

Le barème de l'art. 669 est spécifique aux donations et successions. Pour l'IFI, c'est un autre barème qui s'applique (CGI art. 763 — barème du droit viager). L'économie d'IFI obtenue par le démembrement est l'une des raisons de son succès : le nu-propriétaire n'est pas redevable de l'IFI sur la nue-propriété.

L'essentiel à retenir

La clé du démembrement est le barème 669 : plus vous donnez jeune, plus l'économie de droits est forte. À 40 ans, vous ne payez des droits que sur 30 % de la valeur du bien. À 75 ans, sur 70 %. La fenêtre optimale se situe entre 40 et 60 ans.

10. Donation avec réserve d'usufruit : exemple chiffré complet.

Voici l'exemple le plus classique de stratégie de transmission : la donation de la nue-propriété d'un bien immobilier avec conservation de l'usufruit. Calcul pas à pas.

La situation — hypothèses

DonateursUn couple, 62 et 60 ans, mariés sous le régime légal (communauté)
Bien donnéRésidence secondaire à Biarritz, valeur 600 000 €
DonataireLeur fille unique
StratégieDonation de la nue-propriété, conservation de l'usufruit

Calcul des droits — pas à pas

Chaque parent donne la moitié du bien (soit 300 000 € chacun).

ÉtapeÉpoux (62 ans)Épouse (60 ans)
Valeur en pleine propriété300 000 €300 000 €
Valeur nue-propriété (barème 669)60 % = 180 000 €50 % = 150 000 €
Abattement parent/enfant- 100 000 €- 100 000 €
Part taxable80 000 €50 000 €
Droits estimés14 000 €8 200 €

Droits totaux : 22 200 € (soit 3,7 % de la valeur du bien)

Comparaison : sans démembrement ni donation

Si le couple attendait son décès pour transmettre le bien : droits de succession sur 600 000 € en pleine propriété. Abattement 100 000 € par parent = 400 000 € taxables. Droits = 65 000 €. Économie réalisée avec le démembrement : près de 43 000 €.

Comparaison : donation en pleine propriété

Si le couple donnait le bien en pleine propriété (sans démembrement) : base taxable 200 000 € par parent (300 000 - 100 000). Droits = 38 000 € par parent, soit 76 000 € au total. Le démembrement divise la facture par plus de 3.

Le bonus cache Les parents continuent à occuper la résidence secondaire (usufruit) et à en percevoir d'éventuels loyers. Dans 15 ans, les abattements seront reconstitués. Ils pourront alors donner une partie de leur usufruit restant avec un nouvel abattement — le tout en franchise. C'est la stratégie du don étagé .

L'essentiel à retenir

La donation avec réserve d'usufruit est le meilleur compromis entre transmission et protection. Elle réduit la base taxable, maintient le train de vie et permet une reconstitution sans droits au décès. Sur un bien de 600 000 €, l'économie peut dépasser 40 000 €.

11. L'assurance-vie, outil de transmission.

L'assurance-vie n'est pas seulement un produit d'épargne. C'est aussi — et surtout — le véhicule de transmission le plus efficace du droit français, avec un régime fiscal qui lui est propre, totalement déconnecté du droit commun des successions.

Pourquoi l'AV est l'arme absolue de la transmission

Hors succession
Le capital-décès est versé directement au bénéficiaire désigné, sans transiter par la succession. Il ne subit ni le rapport civil, ni la réduction pour atteinte à la réserve — sous la seule limite des primes manifestement exagérées.
Fiscalité sur-mesure
Selon que les primes ont été versées avant ou après 70 ans, l'abattement peut atteindre 152 500 € par bénéficiaire, avec un taux de 20 % seulement au-delà (contre jusqu'à 45 % en succession).

Les trois règles d'or de l'AV transmissif

Règle 1
Ouvrir tôt. Les huit ans du contrat se calculent sur la date d'ouverture, pas sur celle des versements. Ouvrir un contrat à 30 ans, même avec 500 €, permet d'être dans le cadre fiscal optimal dès 38 ans pour les rachats. Pour la transmission, ce qui compte c'est la date de versement avant/après 70 ans.
Règle 2
Verser avant 70 ans. Le régime des primes versées avant 70 ans (CGI art. 990 I) est radicalement plus favorable que celui des primes versées après (CGI art. 757 B). Chaque versement avant votre 70e anniversaire est un cadeau fiscal à vos bénéficiaires.
Règle 3
Soigner la clause. La clause bénéficiaire est la clé de voute du dispositif. Une clause standard peut produire des résultats catastrophiques dans une famille recomposée. Une clause nominative, avec démembrement éventuel et ordres subsidiaires, est indispensable.

Attention aux primes manifestement exagérées

Les héritiers réservataires peuvent contester des versements manifestement exagérés au regard des facultés du souscripteur (revenus, patrimoine, âge, utilité du contrat). En cas de succès, les primes sont réintégrées dans la succession civile pour reconstituer la réserve. Le caractère exagéré s'apprécie au moment de chaque versement, pas au jour du décès. La jurisprudence retient des critères comme l'âge (un versement à 90 ans est plus suspect qu'à 45 ans), la situation familiale et l'utilité du contrat.

L'essentiel à retenir

L'assurance-vie est le seul outil qui permet de transmettre un capital hors succession, avec une fiscalité spécifique très avantageuse. Mais elle doit être pilotée : versements avant 70 ans, clause à jour, primes proportionnées au patrimoine.

12. La clause bénéficiaire : comment la rédiger.

La clause bénéficiaire est la phrase la plus importante de votre contrat d'assurance-vie. Elle détermine qui recevra le capital à votre décès. Mal rédigée, elle peut produire l'exact inverse de ce que vous souhaitiez — jusqu'à transmettre votre patrimoine à votre ex-conjoint.

La clause standard — et ses pièges

Clause type : Mon conjoint, à défaut mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, à défaut mes héritiers.

Cette clause est adaptée à une famille classique sans histoire. Mais que se passe-t-il en cas de décès simultané du souscripteur et du conjoint ? De famille recomposée avec enfants de lits différents ? D'enfant décédé avant le souscripteur ? La clause standard ne précise pas la répartition entre enfants d'un premier et d'un second lit. Elle ne prévoit pas de démembrement. Elle ne protège pas un enfant vulnérable.

Les bonnes pratiques de rédaction

Principe 1
Désigner nommément le(s) bénéficiaire(s) de premier rang, avec date de naissance pour éviter toute ambiguïté d'homonymie.
Principe 2
Prévoir le démembrement. Utile pour protéger le conjoint tout en réservant le capital aux enfants. Exemple : Mon conjoint pour l'usufruit, mes enfants pour la nue-propriété en parts égales. Le conjoint peut disposer librement du capital (quasi-usufruit), les enfants reçoivent le reliquat à son décès sans droits.
Principe 3
Prévoir tous les ordres subsidiaires. Qui hérite si le bénéficiaire de premier rang est décédé ? Ses enfants ? Par parts égales ou par souche ? Les autres bénéficiaires initiaux ? Tout doit être prévu.
Clause rédigée (exemple concret) Mon épouse, Madame [Nom Prénom], née le [JJ/MM/AAAA], pour l'usufruit. Au décès de celle-ci ou à défaut, mes enfants [Prénom 1], né le [JJ/MM/AAAA], et [Prénom 2], née le [JJ/MM/AAAA], pour la nue-propriété en parts égales entre eux. En cas de prédécès de l'un d'eux, ses descendants par parts égales entre eux. À défaut de descendants, mes héritiers légaux.

La clause bénéficiaire peut être modifiée à tout moment par simple avenant signé ou par testament olographe déposé chez le notaire. Elle doit être relue après chaque événement de vie : mariage, divorce, naissance, décès. Une clause rédigée à 30 ans n'est probablement plus adaptée à 60 ans.

Danger

Une clause bénéficiaire qui désigne mon conjoint sans le nommer, puis un divorce intervient sans modification de la clause : le capital peut être versé à l'ex-conjoint si le contrat n'a pas été dénoué. Pire : en cas de remariage, la clause mon conjoint désignera le nouveau conjoint... ce qui n'est peut-être pas votre souhait.

L'essentiel à retenir

La clause bénéficiaire doit être personnalisée, nominative et révisée régulièrement. Une clause standard est comme un testament pré-rédigé : elle fait l'affaire dans 80 % des cas, mais peut être dramatique dans les 20 % restants.

13. Fiscalité de l'assurance-vie au décès : le tableau complet.

La fiscalité au décès dépend de deux critères : la date des versements et l'âge du souscripteur au moment du versement. Deux régimes coexistent : l'article 990 I du CGI (primes avant 70 ans) et l'article 757 B (primes après 70 ans). La différence est vertigineuse.

Primes versées avant 70 ans (CGI art. 990 I)

BénéficiaireAbattementImposition au-delà
Conjoint marié ou partenaire de PACSExonération totaleAucune
Frère ou sœur (sous conditions : célibataire, veuf, divorcé, âge 50+ ou infirme, domicilié depuis 5+ ans)Exonération totaleAucune
Tout autre bénéficiaire152 500 € par bénéficiaire20 % jusqu'à 700 000 €, puis 31,25 % au-delà (par bénéficiaire)

Primes versées après 70 ans (CGI art. 757 B)

ÉlémentMontant / Régime
Abattement global (tous bénéficiaires et tous contrats confondus)30 500 €
Au-delà de l'abattementDroits de succession classiques selon le lien de parenté (5 % à 60 %)
Produits financiers (gains, intérêts, plus-values)Totalement exonérés — seules les primes sont taxées

Exemple comparatif : 500 000 € de primes à transmettre à un neveu

Hypothèses : souscripteur décédé, neveu non domicilié avec l'oncle, contrat souscrit depuis plus de 8 ans.

Voie de transmissionAbattementBase taxableTauxDroits estimés
Succession directe (neveu)7 967 €492 033 €55 %270 000 €
AV (primes avant 70 ans)152 500 €347 500 €20 %69 500 €
AV (primes après 70 ans)30 500 €469 500 €55 %258 000 €

Le message clé

Pour un neveu bénéficiaire, la différence entre primes versées avant et après 70 ans peut dépasser 188 000 € d'impôt sur un capital de 500 000 €. Et la différence entre une succession directe et une AV bien structurée (primes avant 70 ans) est de 200 500 €. D'où la règle d'or : verser avant 70 ans.

L'essentiel à retenir

La frontière des 70 ans est l'une des lignes de partage fiscales les plus importantes du droit français. Chaque euro versé sur un contrat d'AV avant 70 ans bénéficie d'un cadre ultra-favorable. Chaque euro versé après 70 ans tombe dans le droit commun. Planifiez vos versements en conséquence.

14. La SCI : détenir et transmettre un bien immobilier.

La Société Civile Immobilière (SCI) n'est pas un outil fiscal en soi — c'est un outil juridique qui, bien utilisé, facilite considérablement la gestion et la transmission d'un patrimoine immobilier. Elle transforme un immeuble (indivisible) en parts sociales (divisibles à l'infini).

Pourquoi utiliser une SCI pour transmettre ?

Donner des parts
Au lieu de donner un bien entier (indivisible), vous donnez des parts sociales. Vous pouvez ainsi transmettre progressivement, en decoupant la donation dans le temps pour utiliser plusieurs cycles d'abattements de 15 ans.
Eviter l'indivision
L'indivision classique est source de blocages (unanimite requise pour les actes de disposition). Dans une SCI, les règles de gestion sont définies dans les statuts, avec des majorités prévues.
Decôté de valeur
Les parts d'une SCI sont moins liquides qu'un bien en direct. Une décôté de 10 à 15 % est généralement admise par l'administration fiscale, reduisant d'autant la base taxable de la donation.

Le démembrement des parts de SCI

Vous pouvez donner la nue-propriété des parts de SCI tout en conservant l'usufruit. Dans ce cas, les statuts de la SCI doivent prévoir la répartition des droits de vote entre usufruitier et nu-propriétaire. Par defaut : l'usufruitier vote pour l'affectation des bénéfices, le nu-propriétaire pour les décisions structurelles (vente du bien, dissolution, modification des statuts).

Exemple : SCI + démembrement + dons étalés

Cas pratique Vous apportez votre résidence secondaire de 500 000 € à une SCI. Vous donnez chaque année 10 % des parts en nue-propriété à vos deux enfants. Grace au barème 669, la valeur taxable est réduite (vous avez 55 ans = nue-propriété a 50 %). Avec la décôté de 10 %, la base taxable par part donnée est encore réduite. Chaque année, vous utilisez une fraction de l'abattement de 100 000 €. En 10 ans, vous avez transmis la tôtalite des parts avec une fiscalité quasi nulle — et vous avez conserve l'usufruit (les loyers) et le contrôle de la SCI jusqu'à votre décès.

Points de vigilance

SCI a preponderance immobilièreSi la SCI est à l'IR et que son actif est compose a plus de 50 % de biens non affectes à l'exploitation, là cession des parts est taxee a 5 % (comme une vente d'immeuble). La donation, elle, reste soumise aux droits de donation classiques.
ComptabilitéUne SCI doit tenir une comptabilité et déclarer ses résultats chaque année, même si elle ne perçoit pas de loyers. C'est une contrainte administrative reçurrente.
ResponsabilitéLes associes d'une SCI sont indéfiniment responsables des dettes sociales sur leur patrimoine personnel (a proportion de leur quote-part).

Attention

Creer une SCI sans anticiper les règles de sortie et de gouvernance est un piege classique. Les statuts doivent prévoir les modalites de cession des parts (agrement, preemption), le droit de vote des nu-propriétaires, et les conditions de dissolution. Une SCI mal rédigée est une bombe a retardement familiale.

L'essentiel à retenir

La SCI est le vehicule idéal pour transformer un patrimoine immobilier en un portefeuille de parts facilement transmissibles. Combinee au démembrement et à une stratégie de dons étalés dans le temps, elle permet de transmettre un patrimoine important avec une fiscalité très réduite.

15. Le Pacte Dutreil : transmettre son entreprise.

Transmettre une entreprise à ses enfants peut couter jusqu'à 45 % de droits sur la valeur des titres. Le Pacte Dutreil (CGI art. 787 B) permet de réduire cette facture de 75 % — à condition de respecter un processus strict en plusieurs étapes, sur une durée totale minimale de 6 ans.

Le mécanisme en trois temps

Étape 1
Engagement collectif. Le dirigeant et au moins un autre associe (où un nu-propriétaire, un usufruitier) s'engagént a conserver leurs titres pendant 2 ans minimum. L'engagement doit porter sur au moins 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote pour les sociétés côtées (10 % / 20 % pour les sociétés non côtées).
Étape 2
Donation des titres. A l'issue des 2 ans, le dirigeant donné ses titres aux bénéficiaires. La donation bénéficié de l'exonération de 75 % — soit une assiette taxable réduite a 25 % de la valeur des titres.
Étape 3
Engagement individuel. Chaque bénéficiaire s'engagé a conserver les titres reçus pendant 4 ans à compter de la donation (soit 6 ans au tôtal depuis le début de l'engagement collectif).

Exemple chiffre — Hypothèses

Valeur de l'entreprise2 000 000 € (société non côtée, activité commerciale)
BeneficiaireUn enfant unique
Engagement collectif17 % du capital detenu par le dirigeant + un associe minoritaire, conserve 2 ans

Calcul des droits

EtapeSans DutreilAvec Dutreil
Valeur de l'entreprise2 000 000 €2 000 000 €
Exoneration 75 %- 1 500 000 €
Base taxable2 000 000 €500 000 €
Abattement parent/enfant- 100 000 €- 100 000 €
Part taxable après abattement1 900 000 €400 000 €
Droits estimes710 000 €78 000 €

Économie réalisée

Difference : 632 000 € économisés. Le taux effectif passe de 35,5 % (sans Dutreil) a 3,9 % (avec Dutreil). Soit une division par 9 de la facture fiscale.

Le Pacte Dutreil concerne les entreprises ayant une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou liberale. Les holdings animatrices de groupe peuvent également en bénéficier (sous conditions strictes). Exclus : les activités de gestion de patrimoine mobilier ou immobilier (SCI, par exemple).

Danger

Le Pacte Dutreil exige un formalisme rigoureux. L'engagement doit être enregistre auprès de l'administration fiscale. Toute cession anticipee ou non-respect des engagéments (même partiel) entraine la remise en cause retroactive de l'exonération, avec intérêts de retard. La durée totale minimale est de 6 ans — c'est un engagement long terme.

L'essentiel à retenir

Le Pacte Dutreil est l'outil obligatoire pour toute transmission d'entreprise familiale significative. L'exonération de 75 % transforme une facture fiscale potentiellement confiscatoire en un prélèvement modere. Mais il exige anticipation (6 ans) et rigueur.

16. Comparatif des outils : quel outil pour quel objectif ?

Chaque outil à ses forces et ses faiblesses. Le tableau ci-dessous vous aide a choisir en fonction de votre situation et de vos priorites : liquidités, immobilier, entreprise, protection du conjoint.

OutilQuand l'utiliserAvantage principalPrincipal inconvenient
Donation simpleTransmettre un bien precis à une personneSimple, abattements renouvelables tous les 15 ansRapportable à la succession = conflit potentiel entre héritiers
Donation-partageRepartir des biens entre plusieurs enfantsValeurs figées au jour de l'acte = paix familiale garantieActe notarié obligatoire, frais proportionnéls
DémembrementDonner tout en gardant les revenus / l'usageBase taxable réduite (barème 669), reconstitution sans droits au décèsGestion complexe qui paie quoi ? Conflit possible
Assurance-vieTransmettre des liquidités hors successionAbattement 152 500 € par bénéficiaire, taux 20 % marginalPrimes versées après 70 ans fiscalement pénalisantes
SCIDétenir et transmettre de l'immobilierFractionnement des parts, décôté de valeur, évité l'indivisionContrainte comptable annuelle, responsabilité indéfinie
Pacte DutreilTransmettre une entreprise familialeExoneration de 75 % = taux effectif ~4 %Engagement de conservation 6 ans minimum
Donation entre épouxProtéger son conjointElargit les droits du conjoint survivantRévocable (sauf si inseree dans un contrat de mariage)
TestamentOrganiser sa successionSimple, gratuit, révocableN'optimise pas la fiscalité

Quel ordre chronologique adopter ?

La stratégie de transmission suit une logique temporelle. Chaque age à ses priorites.

Avant 50 ans
Ouvrir des contrats d'AV. Creer une SCI pour l'immobilier. Realiser les premiers dons de somme d'argent (CGI 790 G). Mettre en place un PER pour préparer la retraite.
Entre 50 et 70 ans
Donations avec démembrement. Donation-partage des biens familiaux. Pacte Dutreil pour l'entreprise. Versements massifs sur l'AV avant 70 ans.
Apres 70 ans
Consolider. Testament. Derniers dons manuels. Verification des clauses bénéficiaires. Les donations simples continuent (abattements reconstitues).
Tout au long
Relecture annuelle. Clauses bénéficiaires, situation familiale, évolution de la législation fiscale, valorisation des biens donnes.

Dans la vraie vie

Aucun outil n'est parfait seul. La bonne stratégie combine plusieurs outils. Exemple typique : un couple de 55 ans, 3 enfants, une résidence principale, une résidence secondaire, un portefeuille financier et une entreprise. Strategie recommandee : SCI avec démembrement pour les biens immobiliers, AV pour le portefeuille financier, donation-partage pour les biens familiaux, Pacte Dutreil pour l'entreprise, donation entre époux pour la protection du conjoint.

L'essentiel à retenir

La transmission est une mecanique de precision qui demande du temps. Chaque outil à une fenêtre d'utilisation optimale. L'erreur la plus coûteuse est d'utiliser le bon outil... au mauvais moment.

17. Les 10 erreurs à éviter en matière de transmission.

La transmission est un domaine où les erreurs se paient cher — en impôts, en conflits familiaux ou en opportunités définitivement manquees. Voici les dix pièges que nous rencontrons le plus fréquemment.

Attendre le dernier moment. Les abattements se renouvellent tous les 15 ans. Plus vous commencez tôt, plus vous transmettez en franchise. Attendre 75 ans pour donner, c'est perdre 3 ou 4 cycles potentiels d'abattements. Le cout d'opportunité peut dépasser 100 000 € par enfant.

Negliger la donation-partage. Donner simplement sans partager, c'est prendre le risque qu'un enfant conteste l'équilibre successoral 20 ans plus tard, lorsque le bien aura pris de la valeur. La donation-partage fige les valeurs au jour de l'acte.

Clause bénéficiaire standard non relue. Un divorce, un remariâge, une naissance, un décès : votre clause doit suivre votre vie. Une clause obsolete peut transmettre votre capital à votre ex-conjoint ou exclure un enfant ne après la souscription.

Verser sur l'AV après 70 ans sans mesurer l'impact. Le régime change radicalement. Apres 70 ans, l'abattement global n'est que de 30 500 € et les droits de succession s'appliquent au-delà. Chaque versement après 70 ans est fiscalement pénalisé.

Croire que le conjoint hérite de tout. En présence d'enfants communs, le conjoint n'a droit qu'a 1/4 en pleine propriété (ou 100 % en usufruit). Si vous voulez le protéger davantâge, une donation entre époux où un testament sont nécessaires.

Sous-estimer le risque de primes exagérées. Placer 90 % de son patrimoine sur une AV au profit d'un seul enfant peut être conteste par les autrès héritiers réservataires. Le juge apprecie le caractère exagere au moment de chaque versement.

Donner sans se garder de quoi vivre. La donation est irrévocable. Donner sa résidence principale en pleine propriété, c'est risquer de se retrouver sans toit. Le démembrement permet de donner tout en conservant l'usage et les revenus.

Creer une SCI sans anticiper la sortie. Les statuts doivent prévoir les modalites de cession des parts, la gouvernance en cas de desaccord, le droit de vote des nu-propriétaires. Une SCI mal rédigée est source de blocages et de conflits.

Oublier la fiscalité des plus-values latentes. Donner un bien qui a pris beaucoup de valeur ne purge pas l'impôt sur la plus-value. C'est le donataire qui supporterà la plus-value à la revente, sur la base du prix d'acquisition originel du donateur.

Improviser sans vision globale. Chaque outil interagit avec les autrès. Une donation peut réduire les droits du conjoint survivant. Un versement sur AV peut entamer la réserve héréditaire. L'ingenierie patrimoniale se concoit a 360 degrés.

L'essentiel à retenir

La plupart de ces erreurs sont évitables avec un diagnostic patrimonial complet. Une heure de consultation avec un professionnel permet d'identifier les risques spécifiques à votre situation et d'y remedier avant qu'il ne soit trop tard.

18. FAQ : les questions que tout le monde se pose.

Douze réponses aux interrogations les plus fréquentes sur la transmission patrimoniale.

Quelle est la différence entre succession et donation ?

La succession est la transmission du patrimoine au décès. La donation est la transmission de son vivant. La donation permet d'anticiper et d'optimiser : abattements renouvelables tous les 15 ans, choix des bénéficiaires, réduction de la base taxable via le démembrement.

Puis-je déshériter un de mes enfants ?

Non. La réserve héréditaire est d'ordre public en France. Vous ne pouvez pas déshériter vos enfants. Vous pouvez en revanche utiliser la quotité disponible (1/2, 1/3 ou 1/4 selon le nombre d'enfants) pour avantager une personne de votre choix — y compris un autre enfant.

Faut-il un notaire pour une donation ?

Oui pour les biens immobiliers (acte notarié obligatoire). Pour les sommes d'argent et valeurs mobilières, une déclaration au service des impôts (formulaire n° 2735) suffit, sans notaire. Mais le notaire reste recommande pour toute donation significative.

Les abattements se renouvellent-ils automatiquement ?

Oui. Tous les 15 ans, les abattements se reconstituent intégralement. C'est automatique, sans démarche particulière. La date de départ du délai est celle de la dernière donation ayant utilise l'abattement.

Qu'est-ce que le présent d'usage ?

C'est un cadeau offert à l'occasion d'un événement (Noël, anniversaire, mariage, réussite à un examen). Il échappé aux droits de donation, à condition d'être proportionné à votre patrimoine. La doctrine administrative retient généralement un seuil d'environ 2 % du patrimoine.

Assurance-vie ou donation : que choisir ?

Les deux sont complémentaires. La donation est idéale pour transmettre un bien precis (immeuble, parts de société). L'assurance-vie est parfaite pour les liquidités et les capitaux à transmettre hors succession et avec une fiscalité propre. La plupart des stratégies combinent les deux.

Puis-je donner un bien sans payer de droits ?

Oui, dans la limite des abattements. Un parent peut donner 100 000 € a chaque enfant tous les 15 ans sans droits. Avec le don familial de somme d'argent (CGI 790 G), c'est 131 865 €. Avec le démembrement, vous pouvez transmettre un bien d'une valeur bien supérieure pour une fiscalité modérée.

Qu'est-ce qui est le plus avantageux : donner ou léguer ?

Donner. La donation permet de bénéficier d'abattements renouvelables (tous les 15 ans) et de réduire la base taxable via le démembrement. La succession ne permet ni l'un ni l'autre. De plus, la donation sort le bien de votre patrimoine, ce qui peut alleg er l'IFI.

Comment protéger mon conjoint sans léser mes enfants ?

Le démembrement est la solution : vous donnez (où léguez) l'usufruit au conjoint et la nue-propriété aux enfants. Le conjoint disposé des revenus et de l'usage des biens jusqu'à son décès, puis les enfants deviennent pleins propriétaires sans droits supplémentaires.

Quand faut-il consulter un professionnel ?

Des que votre patrimoine dépasse quelques centaines de milliers d'euros, ou que votre situation familiale est complexe (famille recomposée, enfants de plusieurs lits, entreprise). Une consultation permet d'identifier les opportunités et d'éviter les pièges coûteux.

Quel est l'impact du PFU a 31,4 % sur la transmission ?

Le PFU (Prélèvement Forfaitaire Unique) de 31,4 % s'applique aux dividendes et plus-values, pas directement aux donations et successions. Toutefois, il influence la stratégie de transmission des titres de société : avant de donner, faut-il vendre et réinvestir ? Le PFU est plus élevé que les droits de donation en ligne directe (20 % sur la tranche principale), ce qui milite pour la donation de titres plutôt que leur cession préalable.

Faut-il attendre la retraite pour transmettre ?

Non. Au contraire. Transmettre tôt (des 45-50 ans) permet de multiplier les cycles d'abattements de 15 ans. Transmettre à la retraite (vers 65 ans), c'est n'avoir qu'un ou deux cycles. Le démembrement est également plus puissant quand le donateur est jeune (la nue-propriété vaut moins cher). La fenêtre idéale se situe entre 45 et 60 ans.

19. Les 30 mots à connaître pour parler transmission.

Un glossaire simple pour comprendre les termes techniques que vous rencontrerez dans ce guide et chez votre notaire.

Abattement
Somme déduite de la base taxable avant application du barème des droits. Se renouvelle tous les 15 ans pour les donations.
Actif successoral
Ensemble des biens, droits et créances composant une succession. On déduit le passif (dettes) pour obtenir l'actif net.
Art. 669 du CGI
Article fixant le barème fiscal de l'usufruit en fonction de l'âge de l'usufruitier. Utilise pour calculer les droits de donation et succession.
Art. 990 I du CGI
Régime fiscal des primes d'assurance-vie versées avant 70 ans : abattement 152 500 € par bénéficiaire, puis 20 %/31,25 %.
Art. 757 B du CGI
Régime fiscal des primes d'assurance-vie versées après 70 ans : abattement global 30 500 €, puis droits de succession classiques.
CGI 790 G
Don familial de somme d'argent : abattement supplémentaire de 31 865 €, cumulable avec l'abattement personnel, sous conditions.
Clause bénéficiaire
Désignation, dans le contrat d'assurance-vie, de la personne qui recevra le capital au décès du souscripteur. Modifiable à tout moment.
Démembrement de propriété
Division de la pleine propriété en deux droits : l'usufruit (droit d'user et de percevoir les fruits) et la nue-propriété (droit de disposer du bien).
Donataire
Personne qui reçoit la donation. Peut être un enfant, un conjoint, un tiers, une association.
Donateur
Personne qui donne. Une fois la donation effectuée, le bien sort de son patrimoine de façon irrévocable.
Donation entre époux
Donation faite entre époux ( donation au dernier vivant ) pour élargir les droits du conjoint survivant. Révocable.
Donation-partage
Donation répartissant des biens entre plusieurs donataires avec effet de partage immédiat. Les valeurs sont figées au jour de l'acte.
Donation-partage transgénérationnelle
Donation-partage dans laquelle un grand-parent donne directement à ses petits-enfants, en présence et avec l'accord de ses enfants.
Droits de mutation à titre gratuit
Impôt dû lors des transmissions sans contrepartie : donations (de son vivant) et successions (au décès).
Héritier réservataire
Héritier protégé par la loi qui ne peut pas être déshérité : enfants (ou descendants), conjoint survivant en l'absence d'enfants.
IFI
Impôt sur la Fortune Immobilière : le démembrement permet d'en réduire l'assiette car le nu-propriétaire n'est pas redevable de l'IFI.
IS (Impôt sur les Sociétés)
Impôt sur les bénéfices des sociétés : 15 % jusqu'à 42 500 € (sous conditions), 25 % au-delà. S'applique aux SCI à l'IS et holdings.
Nue-propriété
Droit de disposer d'un bien (le vendre avec accord de l'usufruitier, le transmettre) mais sans droit d'en user ou d'en percevoir les fruits.
Pacte Dutreil
Dispositif fiscal permettant une exonération de 75 % des droits de mutation sur la transmission d'entreprise, sous conditions d'engagement.
PASS
Plafond Annuel de la Sécurité Sociale : 48 060 € en 2026. Référence utile pour les calculs de cotisations TNS et les plafonds fiscaux.
PFU
Prélèvement Forfaitaire Unique ( Flat Tax ) : 31,4 % en 2026 sur les dividendes et plus-values. Sert de référence pour arbitrer cession vs donation.
Pleine propriété
Réunion de l'ensemble des droits sur un bien : usus (user), fructus (percevoir les fruits), abusus (disposer).
Present d'usage
Cadeau offert à l'occasion d'un événement, exonéré de droits s'il est proportionné au patrimoine du donateur (~2 %).
Primes manifestement exagérées
Versements sur un contrat d'assurance-vie disproportionnés au regard des facultés du souscripteur. Contestables par les héritiers.
Quotité disponible
Part du patrimoine dont on peut librement disposer (par donation ou testament), sans porter atteinte à la réserve héréditaire.
Rapport civil
Mécanisme successoral qui réintègre les donations dans la masse a partager pour vérifier l'égalité entre héritiers.
Rapport fiscal
Réintégration des donations de moins de 15 ans dans l'assiette taxable aux droits de succession.
Réserve héréditaire
Part du patrimoine que la loi réserve obligatoirement aux héritiers réservataires. D'ordre public.
SCI
Société Civile Immobilière : structure permettant de détenir et transmettre des biens immobiliers sous forme de parts sociales.
Usufruit
Droit d'utiliser un bien et d'en percevoir les revenus (loyers, dividendes) sans en être propriétaire. Temporaire — s'eteint au décès.

20. Et maintenant, on fait quoi ?

Vous avez désormais une vision d'ensemble des outils de la transmission. La prochaine étape est de les articuler concrètement autour de votre situation personnelle : votre âge, votre régime matrimonial, la composition de votre famille, la nature de vos biens, et vos objectifs.

Ce qui distingue une bonne transmission d'une transmission subie, c'est l'anticipation. Un rendez-vous aujourd'hui peut économiser des dizaines de milliers d'euros à vos enfants demain — et surtout, leur éviter des conflits qui n'ont pas lieu d'être.

Prenez une heure pour poser vos questions, faire le point sur votre situation, et repartir avec des pistes concrètes. Premier échange offert, sans engagement.

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Information réglementaire. Ce guide est publié à titre pédagogique. Il ne constitue ni un conseil personnalisé, ni une recommandation juridique ou fiscale. Les seuils et taux mentionnés sont en vigueur au 1er janvier 2026 et peuvent évoluer. RJ Patrimoine — ORIAS n° 25004202 (MIA, MIOBSP, COA), vérifiable sur orias.fr. Toute stratégie patrimoniale doit être validée par votre notaire et/ou expert-comptable.