La problématique du dirigeant face à sa retraite.
Le système obligatoire (régime de base + complémentaires) verse au dirigeant une pension souvent inférieure à 50 % de son revenu d'activité — parfois bien moins pour les TNS, les chefs d'entreprise à rémunération optimisée ou les associés-gérants à fort dividende. L'écart, multiplié par 20 ans de retraite, représente une perte de niveau de vie majeure si rien n'est anticipé.
Le PER dirigeant — qu'il soit individuel (avec plafond Madelin), transformé d'un ancien contrat Madelin, ou contrat d'entreprise (PERO, PERCOL) — répond à cette équation en combinant deux leviers : capitalisation longue + fiscalité différée.
L'erreur classique
Verser sur un PER individuel sans regarder si un PER d'entreprise serait plus efficient. Pour un dirigeant assimilé salarié, le PERO peut déduire du résultat de la société — un levier fiscalement plus puissant que la simple déduction du revenu personnel.
Les trois enveloppes possibles.
| Enveloppe | Statut concerné | Déductibilité |
|---|---|---|
| PER individuel (PERIN) | Tout dirigeant, TNS comme assimilé salarié | Déduction du revenu imposable selon plafond personnel ou Madelin |
| PERO (PER obligatoire d'entreprise) | Dirigeant assimilé salarié + équipe | Déduction du résultat de la société (pour la part employeur) |
| PERCOL (PER collectif facultatif) | Dirigeant assimilé salarié + équipe | Versements personnels (abondement possible déductible du résultat) |
Madelin et PER : continuité ou rupture ?
Depuis 2019, les contrats Madelin ne sont plus commercialisés. Les contrats existants continuent toutefois de fonctionner. Pour un dirigeant TNS détenant un Madelin, deux options : conserver le contrat (intéressant si les frais sont compétitifs et le contrat performant), ou transférer vers un PER individuel — gratuit après 5 ans, et permettant d'accéder à la sortie en capital, impossible sur le Madelin.
Articuler PER et préparation de cession.
Pour un dirigeant qui anticipe une cession dans 5 à 10 ans, le PER joue un double rôle : il réduit l'IR de l'année courante (TMI souvent à 41 ou 45 %) et constitue une réserve de revenus pour l'après-cession, lorsque la TMI baissera. L'arbitrage entre versements PER, dividendes et capitalisation dans la société (via une holding patrimoniale par exemple) demande une vue d'ensemble — c'est tout l'intérêt d'une stratégie patrimoniale globale.
Cas client.
Dirigeant SASU, 52 ans, TMI 45 %
Rémunération nette imposable : 130 000 €. Versement PERO via la société de 20 000 € : économie d'IS pour la société + non-imposition à l'IR pour le dirigeant. Plus PERIN personnel de 10 000 € déductible. Total versé : 30 000 €, économie fiscale combinée estimée à plus de 11 000 € la première année.
Les erreurs fréquemment rencontrées.
- Choisir entre PERIN et PERO sans simulation. Pour un dirigeant assimilé salarié, le PERO peut être bien plus efficient ; pour un TNS, le PERIN avec plafond Madelin est souvent le bon véhicule.
- Verser sans cohérence avec la trajectoire de revenus. Verser massivement à 60 ans pour une retraite à 62 ans réduit la déduction utile sans bénéficier de la capitalisation.
- Ignorer la fiscalité de sortie. Le capital constitué par versements déductibles est imposé au barème à la sortie — un dirigeant à TMI 45 % qui sortira en TMI 30 % capte la différence ; un dirigeant à TMI stable n'optimise rien.
- Oublier la clause bénéficiaire. Le PER comporte une clause bénéficiaire avec un régime fiscal proche de l'assurance-vie. À actualiser.
- Empiler des contrats anciens. Madelin + PER + Article 83 dispersés : le suivi devient impossible et les frais s'additionnent. Une consolidation s'impose souvent.
PER, holding, assurance-vie : trois leviers complémentaires.
| Critère | PER dirigeant | Holding patrimoniale | Assurance-vie |
|---|---|---|---|
| Avantage à l'entrée | Déduction IR ou IS | Effet report d'imposition | Aucun |
| Disponibilité | Bloqué jusqu'à la retraite | Libre (selon statuts) | Libre à tout moment |
| Transmission | Clause bénéficiaire | Démembrement, donation Dutreil | Hors succession 152 500 € |
| Cible privilégiée | Revenu retraite | Capitalisation post-cession | Souplesse + transmission |
Quatre questions à se poser avant tout versement.
Points de vigilance.
Le PER est bloqué jusqu'à la retraite, sauf cas dérogatoires (résidence principale, invalidité, surendettement, etc.). Pour un dirigeant qui pourrait avoir besoin du capital à court terme, ce n'est pas la première enveloppe. La fiscalité de sortie en capital (barème IR sur le capital constitué par versements déductibles, PFU sur les gains) doit être chiffrée. Les frais — sur versement, gestion, arbitrage — comptent énormément sur un horizon de 15 à 25 ans.
Questions fréquentes.
PER individuel ou PER dirigeant : lequel choisir ?
Cela dépend du statut. TNS : PERIN avec plafond Madelin (souvent plus élevé que le plafond classique). Assimilé salarié : PERO via la société + PERIN personnel — la déduction au niveau société est généralement plus efficiente.
Quel plafond de déduction pour un dirigeant TNS ?
10 % du bénéfice imposable dans la limite de 8 PASS, plus 15 % de la fraction comprise entre 1 et 8 PASS — soit un plafond combiné qui peut dépasser 80 000 € par an pour un revenu élevé.
Peut-on transformer un Madelin en PER ?
Oui. Le transfert d'un contrat Madelin vers un PER est possible, gratuit après 5 ans de détention, et permet d'accéder à la sortie en capital — option interdite sur le Madelin classique. À arbitrer selon les frais et la performance du contrat actuel.
Le PER d'entreprise est-il déductible du résultat de la société ?
Oui. Les versements de l'entreprise sur un PERO ou un PERCOL sont déductibles du résultat fiscal, dans la limite des plafonds spécifiques. Pour le PERCOL, l'abondement employeur est plafonné à 8 % du PASS + 16 % de la rémunération brute.
Le PER dirigeant est-il pertinent à 55 ans ?
Oui, l'horizon est encore suffisant pour bénéficier d'un effet fiscal significatif si la TMI est élevée et qu'une baisse est anticipée à la retraite. Au-delà de 60 ans, le calcul devient plus serré entre déduction immédiate et fiscalité de sortie.
Le PER dirigeant dans votre stratégie globale.
Le PER dirigeant n'est jamais isolé. Il dialogue avec la stratégie de rémunération (arbitrage salaire/dividendes), la holding patrimoniale (capitalisation longue de l'épargne post-cession), l'assurance-vie (souplesse de retrait + transmission) et l'épargne salariale (PEE/PERCOL pour l'équipe et le dirigeant).